Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/636

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à découvert de 7 et 8,000 piastres sur lesquels ils ne servaient ni intérêts ni amortissement. Ministres, députés, sénateurs, tous les hauts fonctionnaires inconditionnels, puisaient à l’avenant. On vient de constater ces jours-ci qu’à la banque de Santa-Fé, cinq personnes devaient 16 millions de piastres. Le débiteur qui figure pour la plus grosse somme, environ 10 millions, est le représentant d’un syndicat de spéculateurs dont fait partie le docteur Juarez Celman en personne. A la Banque nationale, 700 millions de francs se répartissent entre 700 débiteurs, tous hommes politiques, ce qui n’implique pas précisément que ces placemens soient de toute sûreté commerciale.

Bientôt on créa, sous diverses formes et divers prétextes, dans les provinces, des billets en dehors des conditions de la loi, autant vaut dire de la fausse monnaie. Il fallait bien amplifier le capital reconnu des banques, lequel s’était évaporé en un clin d’œil. Ce fut encore Cordoba qui donna l’exemple. Comme l’état, seul chargé de l’impression des billets, n’en avait pas assez pour faire face à toutes les demandes des banques libres, celle de Cordoba se fit autoriser à maintenir en circulation une partie de son ancienne émission, qu’elle devait retirer à mesure qu’on lui fournirait des billets neufs. Elle en profita aussitôt pour faire fabriquer des billets clandestins qui étaient censés appartenir à la vieille émission qu’on lui tolérait. Quand on s’aperçut de la fraude, la Banque nationale dut retirer tous ceux qu’on lui présenta. Ce fut une nouvelle saignée pratiquée dans ses malheureuses caisses. Il était écrit qu’à Cordoba on ne ferait rien correctement : une partie de ces billets illicites fut encore retournée à la banque libre avec autorisation de les faire circuler dans la province. Depuis qu’on s’efforce de remettre tout en ordre, on en a brûlé un dernier lot de 15 millions de piastres.

Les autres banques provinciales, toutes dans un état plus ou moins avancé de déconfiture, avaient recours à des procédés analogues pour maintenir leurs guichets ouverts. Les unes émettaient des billets provinciaux dépourvus de valeur légale, d’autres des billets de trésorerie qui étaient dans le même cas. La Banque nationale et la Banque de la province de Buenos-Ayres elles-mêmes, deux colosses financiers, assaillies par les déposans et près de sauter, en furent réduites à solliciter secrètement du gouvernement la remise de 35 millions de piastres en billets de réserve, qui n’étaient garantis par aucun dépôt.

A la Banque de la province de Buenos-Ayres en effet, si prospère en d’autres temps, on avait installé des directeurs taillés sur le patron à la mode ; mais c’est surtout à la Banque hypothécaire provinciale que se produisirent, durant les trois ans du