Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/684

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au début de la lutte, la jouissance de toutes les ressources accumulées à Ségou ; il était dangereux de placer les Bambaras du Bélédougou entre les armées du père et les armées du fils ; cette situation critique les eût effarés, et il n’y a pas loin de l’effarement à la défection. En outre, Samory, nous voyant occupés dans le Kaarta, pouvait avoir l’idée de distraire une partie de ses forces engagées contre Tiéba et de profiter de l’occasion pour recouvrer ses territoires sur la rive gauche du Niger. Le colonel prit la décision hardie d’attaquer tout de suite Ségou, à 1,000 kilomètres de sa base d’opérations, se promettant, dès que cette capitale serait tombée et qu’il aurait rétabli dans ce royaume les anciens maîtres Bambaras qui en avaient été chassés par Omar-El-Hadj, de revenir rapidement sur ses pas et de continuer la campagne selon les occurrences. Le plus grand secret et la plus grande célérité, ce plan audacieux ne pouvait être mené à bonne fin qu’à cette double condition, et jamais exécution ne fut plus secrète ni plus rapide.

Le 6 avril 1890, Ségou est pris, enlevé presque sans coup férir. L’attaque est si vive, si imprévue, que l’affaire est décidée avant que l’ennemi soit revenu de son étonnement. Le colonel Archinard se hâte d’organiser sa conquête et se remet en route vers le nord. Ouossébougou, place forte des Toucouleurs, servant de liaison entre Nioro et le Niger, est investi le 25 avril, emporté d’assaut le 26, après un sanglant combat où nos tirailleurs sénégalais ont prouvé une fois de plus qu’ils sont d’aussi braves soldats que d’héroïques marcheurs. Par ce glorieux fait d’armes, les Bambaras sont définitivement ralliés à notre cause, et Ahmadou n’a plus de communication avec ses états de Ségou. Le 25 mai, le colonel a ramené à Kayes sa vaillante colonne, affaiblie par les combats, par les privations, et qui, après une marche de 2,000 kilomètres, a besoin de repos, et déjà s’approche la saison des pluies et des tornades, la saison où les marigots ne sont plus guéables. Cependant Ahmadou, à son tour, s’est mis en mouvement ; il envoie, le 3 juin, ses meilleures troupes se faire battre à Kalé par le capitaine Ruault ; le 6 juin, avec d’autres troupes de qualité médiocre, il tente une attaque sur Kayes et il échoue misérablement. Sous peine de perdre bientôt les avantages de la campagne, il faut répondre à son défi. Le colonel se décide alors à reprendre l’offensive et marche sur Koniakary, qu’il prend le 16 juin et dont il fait un poste français. Les Toucouleurs, déconcertés et déconfits, se retirent dans le Kaarta.

Le colonel Archinard et son chef d’état-major, le capitaine Bonnier, avaient le droit d’être fiers et contens d’eux-mêmes ; ils avaient bien employé leur temps. Mais la guerre est toujours fertile en surprises ; on avait fait facilement des choses qu’on croyait difficiles, et on avait rencontré des difficultés auxquelles on ne s’attendait pas. Ségou, dont la forteresse passait dans le Soudan pour imprenable, était tombé comme par miracle. Après trois heures de canonnade, l’arrogant