Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/704

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Amour et la Parisienne, — vous savez qu’un parallèle n’est pas plus une comparaison qu’une comparaison, comme dit Gros-René, n’est une similitude, — il n’y faut plus songer. Je n’ai affaire qu’avec M. Becque, et je n’ai le droit de parler que de la Parisienne.

Pourquoi donc cette Parisienne, dont la réputation semblait faite, a-t-elle été, l’autre soir, si froidement accueillie par le public de la Comédie-Française ? C’est d’abord qu’on en avait fait trop de bruit par avance ; et, je m’étonne que les directeurs de théâtres ne veuillent pas enfin le voir, mais c’est eux, et les auteurs avec eux, qui sont les vrais dupes de ce genre de réclames. Il faut bien dire aussi que la pièce, en son ensemble, est assez mal interprétée. Si M. de Féraudy est bon dans le rôle de du Mesnil, M. Le Bargy n’est que passable dans celui de Simpson. Mlle Reichemberg enveloppe et noie, dans l’élégance apprêtée de sa diction correcte et de son jeu trop savant, ce qu’il devrait y avoir d’inconscience et de perversité naïve dans le rôle de Clotilde. Mais, pour M. Prudhon, dans le rôle de Lafont, comme il n’y aurait qu’un mot qui caractérisât la façon dont il joue, j’aime mieux qu’on me trouve inintelligible qu’incivil ; — et je ne l’écris point. Si vous ajoutez maintenant les habitude s solennelles et compassées du lieu ; l’ampleur delà scène ; celle de la salle aussi ; voilà peut-être bien des raisons… Il y en a d’autres, qui tiennent à la pièce elle-même, et je ne sais si je dois dire aux défauts du talent de M. Becque, ou à son parti-pris.

Je persiste, en effet, à croire et à répéter qu’il y a deux ou trois lois auxquelles je consens bien que le théâtre puisse un jour se soustraire, mais il ne sera plus le théâtre. Il faut d’abord que le drame agisse, marche, avance ; il faut que l’action n’y dépende pas des circonstances, mais de la volonté des personnages ; et il faut enfin qu’il enferme, si je puis ainsi dire, un minimum d’intérêt général. Sur les deux premières de ces trois conditions, peut-être avons-nous assez souvent appuyé, — en parlant jadis de Germinie Lacerteux, de la Lutte pour la vie, des représentations du Théâtre-Libre, — pour qu’on nous excuse aisément de n’y pas revenir aujourd’hui. Que si d’ailleurs la Parisienne y manque, elle manque surtout à la troisième, et c’est d’elle seule que nous dirons deux mots.

Il y a bien des moyens d’introduire dans une œuvre de théâtre cet intérêt général : il y en a même presque autant qu’il y a d’auteurs dramatiques originaux. Les uns ont essayé de peindre les caractères généraux qui seront toujours ceux de l’humanité, puisqu’à vrai dire ils ne sont que l’idéalisation ou la caricature des traits qui font la définition même de l’homme. D’autres se sont bornés à la satire des conditions : le médecin, par exemple, le financier, l’homme d’affaires, l’homme de lettres. D’autres encore ont agité sur la scène des questions, des cas de