Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/714

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ce qu’a fait la Banque de France est la chose la plus simple du monde, qu’il n’y a que les Français pour mettre leur vanité partout. Mettons, si l’on veut, que ces polémiques sont au moins inutiles de part et d’autre, qu’elles ne servent à rien, si ce n’est à réveiller l’esprit de jalousie et d’acrimonie là où il n’a que faire.

Au fond, à part ce qu’il y a d’accidentel et de passager dans les dernières épreuves du marché anglais, peut-être pourrait-on dégager une certaine moralité, tout au moins quelques lumières de cet étrange épisode de l’histoire financière contemporaine. Assurément, le crédit est entré dans les mœurs ; il est devenu la condition de tous les progrès, la nécessité de nos civilisations matérielles. On ne peut rien sans lui, on croit pouvoir tout avec lui. Il est certain aussi qu’il vit en partie de la fiction convenue et acceptée qui multiplie par une richesse hypothétique la richesse réelle. Jusqu’à quel degré cependant peut-on aller sans péril dans cette fiction ? On vient de le voir par cet exemple d’une des plus grandes maisons sur le plus grand des marchés, par cet accident qui a montré tout à coup ce qu’il y a de fragile dans cette puissance nouvelle. Qu’arriverait-il donc si une crise plus grave, plus générale, venait mettre à l’épreuve tous les crédits si démesurément engagés aujourd’hui ? Les derniers incidens sont au moins un avertissement pour ceux qui pourraient être obligés de faire appel en pleine crise à toutes leurs ressources et qui auraient besoin de s’appuyer sur une réalité solide. C’est un avertissement de plus aux prodigues et aux imprévoyans, banquiers entrepreneurs d’affaires ou états qui abusent des expédions, créent des valeurs factices, dépensent sans compter au risque de tout épuiser. Il y a peut-être aussi dans ces faits récens, en dehors de quelques vaines polémiques, une autre lumière, un nouveau témoignage de la vitalité, de la solidité de notre Banque de France. S’il y a une chose évidente, démontrée une fois de plus, c’est la nécessité, le sérieux intérêt qu’il y a plus que jamais à maintenir dans ses conditions de stabilité et d’indépendance, avec toutes ses garanties, la seule institution qui depuis son origine soit restée intacte et n’ait point causé de mécomptes. Aux jours les plus critiques, elle a été une force ; elle a pu récemment encore sans danger pour elle-même, pour les intérêts français, sans rien compromettre, aider à atténuer une crise de crédit international. Elle le doit évidemment à la vigueur de sa constitution, et ceux qui parlent sans cesse de tout réformer, même la Banque, de faire des expériences, ne s’aperçoivent pas qu’ils s’exposent tout simplement à altérer un des plus énergiques ressorts de la puissance française dans les épreuves nouvelles où elle peut se trouver engagée.

C’est par les finances, par le crédit ou les intérêts matériels que presque tous les pays se sentent le plus faibles aujourd’hui, et ce sont décidément les questions de finances, d’industrie qui semblent avoir