Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/846

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ruiner l’état et rendre le roi odieux à ses peuples, de tourner toutes ses finances en dépenses imprudentes, en acquisitions insolentes, de se fortifier contre lui, de lui débaucher ses sujets ? Falloit-il encore, pour surcroît de dérèglement et de crimes, s’ériger un trophée des faveurs, ou véritables ou apparentes, de la pudeur de tant de femmes de qualité, et tenir un registre honteux de la communication qu’il avoit avec elles ! .. »

Une autre trouvaille avait été faite à Saint-Mandé, d’un tout autre ordre et d’une tout autre importance. Sur la lisière du bois, Foucquet s’était fait construire un petit pavillon qui ne communiquait avec le logis principal que par un souterrain pratiqué sous le chemin de Vincennes ; c’est là qu’il s’enfermait pour se soustraire aux solliciteurs et travailler à son aise. Or, dans cette retraite tout à fait intime, les fureteurs stimulés par Colbert avaient trouvé, derrière un miroir de Venise, M un cahier de petit papier coupé, de treize feuillets, écrits des deux côtés, raturés en plusieurs endroits, et les ratures corrigées. » Dès que Colbert eut saisi la trouvaille, il eut un transport de surprise et de joie. Qu’était-ce donc ? Il faut remonter de quatre ans en arrière, à l’année 1657, au temps des premières difficultés sérieuses entre Mazarin et Foucquet. Inquiet, se croyant menacé de perdre, non-seulement sa place, mais sa liberté même, celui-ci avait jeté hâtivement sur le papier l’indication des moyens qu’il croyait les plus propres à sa défense. « Les connoissances particulières qu’il a données à un grand nombre de personnes de sa mauvaise volonté, disait-il en parlant du cardinal, m’en faisant craindre avec raison les effets, puisque le pouvoir absolu qu’il a sur le roi et sur la reine lui rendent facile tout ce qu’il veut entreprendre, et considérant que la timidité naturelle qui prédomine en lui ne lui permettra jamais d’entreprendre de m’éloigner seulement, ce qu’il auroit exécuté déjà s’il n’avoit pas été retenu par l’appréhension de quelque vigueur en mes frères et en moi, un bon nombre d’amis, une charge considérable dans le parlement, des places fortes occupées par nous ou nos proches, et des alliances assez avantageuses ; ces considérations qui paroissent fortes d’un côté à me retenir dans le poste où je suis, d’un autre ne peuvent permettre que j’en sorte sans que l’on tente tout d’un coup de nous accabler et de nous perdre… Il faut donc craindre tout et le prévoir, afin que, si je me trouvois hors de la liberté de m’en pouvoir expliquer, lors on eût recours à ce papier pour y chercher les remèdes qu’on ne pourroit trouver ailleurs, et que ceux de mes amis qui auront été avertis d’y avoir recours sachent qui sont ceux auxquels ils peuvent prendre confiance. »