Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/864

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l’arrêt dans les termes les plus sommaires, à peu près ceux qu’avait employés d’Ormesson : « La chambre a déclaré et déclare ledit Foucquet dûment atteint et convaincu d’abus et malversations par lui commises au fait des finances et en la fonction de la commission de surintendant ; pour réparation de quoi, ensemble pour les autres cas résultant du procès, l’a banni et bannit à perpétuité hors du royaume ; enjoint à lui de garder son ban sous peine de la vie ; a déclaré et déclare tous et chacun de ses biens acquis et confisqués au roi, sur iceux préalablement prise la somme de cent mille livres, applicables moitié au roi et l’autre moitié en œuvres pies. »

Pour l’époque, c’était comme un acquittement, on ne saurait trop le redire. Dès le soir même tout Paris fut en liesse, non-seulement les amis de Foucquet, non-seulement les gens de cour et la grande bourgeoisie, mais les gens de boutique et le menu peuple. Les chansonniers du pont Neuf improvisèrent un noël où, selon la poétique du genre, les principaux commissaires avaient leur couplet. Le nom de d’Ormesson était dans toutes les bouches ; il fut obligé de fermer sa porte et de se faire celer, car sa demeure aurait été envahie par ses admirateurs enthousiastes ; le lendemain, qui était un dimanche, il évita même d’aller à sa paroisse et s’en fut clandestinement à Sainte-Geneviève. Le lundi 22 décembre, après que Foucault, greffier de la chambre, eut signifié au condamné son arrêt, d’Ormesson s’était rendu à la Bastille afin de retirer les registres de l’épargne, qui y avaient été mis en dépôt pendant le procès. Quand d’Artagnan le vit entrer, il courut à lui, l’embrassa et lui dit à l’oreille qu’il était « un illustre. » En se retirant, d’Ormesson aperçut derrière une fenêtre Foucquet, souriant, qui lui cria qu’il était son très humble serviteur. D’Ormesson salua ; et, le cœur serré, s’en alla chez Mme de Sévigné raconter ce qu’il venait de voir. La journée finit heureusement, on pourrait dire glorieusement pour lui, car il fut honoré le soir de la visite et du compliment de Turenne.

Au Louvre, au contrôle-général, à la chancellerie, c’était tout autre chose. On y était irrité, blessé, ulcéré. Dès la première nouvelle de l’arrêt, Louis XIV avait pris une résolution fatale qui a marqué d’une tare ineffaçable le début de son règne. « Le roi jugea qu’il pouvoit y avoir grand péril à laisser sortir ledit sieur Foucquethors du royaume, vu la connoissance particulière qu’il avoit des affaires les plus importantes de l’État ; c’est pourquoi il commua la peine du bannissement perpétuel, portée par cet arrêt, en celle de prison perpétuelle. » Hormis le supplice par la hart ou par le glaive, cette commutation de peine était la plus terrible et la plus inique des aggravations. Séguier avait voulu qu’on le jugeât