Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/890

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Magistrat, les officiers étaient invités par la municipalité à une réception à l’hôtel de ville et à la suite d’une courte allocution du bailli, « un verre de vin frais » leur était offert. En prenant cette réception pour sujet de son tableau, Ravesteyn a eu l’heureuse idée de grouper, assis ou debout, les membres du Magistrat et les officiers auxquels ils souhaitent la bienvenue, autour d’une table vue obliquement ; cette perspective fuyante lui a permis de mettre un peu plus d’imprévu dans l’aspect de l’ensemble. Les intonations sont aussi plus pleines et le modelé comme l’expression des physionomies sont rendus plus délicatement. Une cordialité pareille anime tous les visages ; leur épanouissement donne à ce bel ouvrage, le chef-d’œuvre du maître, une franchise et une vivacité qui contrastent avec sa réserve et sa correction habituelles. Égal par le talent, le tableau de la Délibération des magistrats pour la construction d’un nouveau Doelen, en 1636 [1] produit, en revanche, une impression de froideur qui tient non-seulement à la nature un peu abstraite du sujet, mais probablement aussi au mode de commande généralement usité à cette époque ; une inscription placée au bas même de cette toile : Privato uniuscujusq. sumptu, nous montre qu’on y recourut pour cet ouvrage. Chacun des personnages représentés payant une cotisation réglée à l’avance, on comprend les difficultés auxquelles l’artiste était ainsi exposé, forcé qu’il était de compter avec les exigences et les susceptibilités de tous ses modèles. Ayant tous versé la même somme, ils se croyaient les mêmes droits pour être mis également en lumière et à la belle place. Quand il s’agissait d’un tableau de quelque importance et dans lequel de nombreux personnages devaient figurer, la tâche était sinon impossible, du moins bien ardue et cette obligation de contenter tant de cliens d’humeur fort différente condamnait une façon d’agir qui imposait aux artistes de telles contraintes. C’est encore à la requête des officiers de la Compagnie blanche, et à leurs frais, qu’en 1638, Ravesteyn dut peindre six de ces officiers ; mais les proportions restreintes de son œuvre et le petit nombre des personnages lui permirent de se tirer à son honneur de cette commande.

Après ce qu’en dit Fromentin, nous n’avons pas à apprécier ici le talent de Frans Hals ; mais du point de vue spécial où nous sommes placé, il nous suffira d’étudier brièvement ses tableaux de gardes civiques dont le musée de Harlem possède, on le sait, la réunion presque complète. Bien que Hals, en 1616, fût déjà âgé de trente et un ans au moins, son Banquet des officiers du Doelen de

  1. C’est dans ce Doelen qu’est aujourd’hui installé le Musée municipal : quant au vieux Doelen, situé à quelques pas de là, il est devenu, en conservant son nom, un des hôtels les plus fréquentés de La Haye. Il en a été de même, du reste, pour le vieux Doelen d’Amsterdam.