Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/895

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comprend la fierté légitime qu’ils devaient éprouver quand le soir, après une journée consacrée aux affaires ou aux devoirs de leurs charges, ils pouvaient, entourés de leurs compagnons, évoquer les souvenirs glorieux du passé. En associant ainsi sur les parois de leurs Doelen leurs propres images à celles des héros des grandes luttes, ils prenaient en quelque sorte l’engagement d’imiter, à l’occasion, les exemples de courage que ceux-ci leur avaient laissés.

C’est à Amsterdam, on le conçoit, que ce genre de peinture allait atteindre son plus haut degré de développement. En même temps que les richesses y affluaient, c’était là aussi que les peintres les plus renommés se sentaient attirés. Mais, d’ordinaire, il faut bien le reconnaître, ils ne cherchaient guère à varier les données qu’avaient déjà si souvent traitées leurs prédécesseurs. Ainsi qu’il arrive quelquefois dans l’histoire de l’art, les rares tentatives de compositions un peu originales que nous aurions à signaler alors sont dues à des artistes médiocres, qui, ne pouvant se faire remarquer par leur talent, cherchaient du moins à se distinguer par l’ingéniosité de leurs combinaisons. Tel est, en effet, le seul mérite d’un tableau du Ryksmuseum, commencé par Claes Pietersz Lastman, le frère du maître de Rembrandt, et terminé après sa mort, en 1625, par Ad. van Nieulandt. Ayant à peindre les Officiers de la compagnie du capitaine Boom, Lastman a eu l’idée, en les représentant au nombre du huit avec leur chef, de rappeler une action militaire honorable pour cette compagnie qui avait pris part à la défense de Zwolle contre les Espagnols en 1623. Il les a donc placés en armes dans un paysage au fond duquel on aperçoit les remparts et une tour de cette ville, avec le reste de la troupe défilant la pique sur l’épaule, tambour en tête. Par malheur, l’arrangement de ces personnages, parés de leurs plus beaux costumes et plantés droits et raides les uns à côté des autres, est d’une simplicité tout à fait enfantine ; la peinture manque absolument de relief et les couleurs sont criardes et discordantes.

Parmi les peintres dont la critique s’est surtout occupée en ces derniers temps, il n’en est pas qui, mieux qu’Éliasz Pickenoy, soit digne de cette tardive réhabilitation [1]. Portraitiste célèbre et autrefois très goûté, il était peu à peu tombé dans un oubli profond. Les tableaux de corporations auxquels il avait principalement dû sa renommée, réunis aujourd’hui au Ryksmuseum, justifient complètement la vogue dont il jouissait près de ses contemporains. Le premier en date de ses tableaux de gardes civiques, la Compagnie du capitaine Willemsz Ruephorst, est de 1630. Il nous montre

  1. Voir l’intéressante notice consacrée à cet artiste par M. le docteur J. Six dans Oud Holland ; IV, p. 81.