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SACRIFIÉS

PREMIÈRE PARTIE.


I.

Rien n’est moins religieux ni moins solennel que ce qu’on est convenu d’appeler à Paris un grand mariage.

Tout est faux dans cette exhibition : l’église, qui n’est plus l’église avec son mobilier de circonstance, qu’on enlèvera tout à l’heure pour le remplacer par des tentures de deuil ; ces massifs d’arbustes et de fleurs rares, ces toilettes excentriques, ces parfums mondains contre lesquels la fumée de l’encens n’arrive pas à prévaloir, et les visages d’une assistance qui voudraient vainement simuler le recueillement, la joie, une sérénité sans mélange, et qui réussissent mal à cacher leur hâte fiévreuse d’en finir avec cette épouvantable corvée.

Et quelle absence de poésie ! Au dehors, la rue remplie de bruit et de plaisanteries indécentes, la ville noyée d’indifférence, les passans goguenards, un bout de ciel gris entre de hautes maisons tristes, — au dedans, des prêtres inconnus, empruntés un peu partout pour officier, des fauteuils et des tapis loués à l’heure, des jardiniers embusqués derrière leurs plantes, afin de pouvoir les emporter plus vite, tout le monde pressé, et, dans cette bousculade, rien qu’ennui et fatigue, aucune note franche, ni vraie joie,