Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/933

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démènent, gesticulent et donnent les marques les plus folles d’une sainte gaîté. Rien de plus comique et en même temps de plus touchant. Voici le dernier couplet de Marjolaine :

Las ! je suis bergère,
Ma bourse est légère,
Mais je veux offrir à ce pauvre amour
Une chemisette,
Et, pour amusette,
Un lièvre mignon qui bat du tambour.

Mais j’ai tort de citer les vers, ne pouvant citer aussi la musique ; musique heureuse, transportée de plaisir et qui seule donne une physionomie pittoresque, une drôlerie irrésistible à ce « lièvre mignon qui bat du tambour, » à ce jouet que les braves gens ne craindront pas d’offrir au bon Dieu lui-même, puisque le bon Dieu s’est fait petit enfant.

En vérité, si nous en avions le loisir, nous aimerions, comme on le fait dans certains journaux, à composer, nous aussi, un numéro de Noël, à rechercher les œuvres ou les fragmens d’œuvres où l’on a célébré la naissance de Jésus. On pourrait former ainsi toute une anthologie musicale. Ah ! parmi nous l’enfant est né, clamerait d’abord la grande voix de Haendel, et les chœurs du Messie dérouleraient leurs fugues gigantesques. Chez Bach également nous trouverions plus d’un cantique à la crèche. Berlioz donnerait un de ses chefs-d’œuvre, l’adorable scène dont nous parlions plus haut : le Repos de la Sainte Famille. Et les vivans, à leur tour, chanteraient. Nous vous ferions connaître une partition trop ignorée de M. Saint-Saëns, certain petit oratorio de Noël, où le souffle de Mozart a quelquefois passé. Une femme, Mme Augusta Holmes, nous rappellerait aussi qu’elle a consacré à l’Enfant de Bethléem la plus belle peut-être de ses mélodies. M. Vidal, enfin, pour être venu le dernier, ne serait pas le moins bienvenu. Sa jeunesse et sa modestie l’empêcheraient sans doute de se ranger parmi les rois ; jamais il ne s’est posé en savant ni en mage. Qu’il reste donc avec Myrtil et Marjolaine, avec les simples et les petits : leurs offrandes ne furent jamais les moins agréables au Seigneur.

Des marionnettes, il est naturel de passer à la pantomime, par opposition et par analogie à la fois. Les deux genres, différens en principe, puisque le geste, élément fondamental de l’un, est presque annihilé dans l’autre, se ressemblent pourtant par le caractère de simplicité, qui fait leur charme commun et, depuis quelque temps, leur commun succès. La mode a été, pendant l’année qui va finir, aux pantomimes encore plus qu’aux marionnettes. On en a joué de toutes les tailles et pour tous les goûts ; outre la Révérence, dont nous parlions plus haut :