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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 décembre.

C’était bien facile à prévoir en vérité, à en juger par le passé, par l’état des esprits, par l’inexpérience remuante d’une assemblée toujours prête à se jeter tête baissée dans les broussailles politiques ou financières.

Cette discussion du budget, commencée d’abord avec une certaine placidité, poursuivie pendant quelques jours assez commodément, ne pouvait finir sans être plus ou moins troublée par les incidens, les surprises et les diversions bruyantes. Il y avait, d’ailleurs, sur cette longue route, semée de millions, deux ou trois points périlleux où l’on était bien sûr de se rencontrer, de batailler au risque de ce qui s’ensuivrait : les impôts nouveaux, l’emprunt, l’interprétation des lois fiscales appliquées aux communautés religieuses. C’était inévitable, et, pour plus de ressemblance entre cette année et tant d’autres années qu’on a connues, peu s’en est fallu que le ministère surpris, assailli, ballotté dans tous les sens, ne fût encore cette fois emporté dans la bagarre des votes de hasard. Si le ministère s’en est tiré, ce n’est point vraiment par la hardiesse, par la fermeté de ses opinions, par l’éclat de son initiative et de sa politique. Il s’en est tiré comme il l’a pu, en se prêtant à tout ce qu’on a voulu, en livrant cette malheureuse loi des finances à toutes les fantaisies, en subissant le lendemain ce qu’il avait combattu la veille ; encore peut-on ajouter qu’il ne s’en serait pas tiré du tout si M. le président du conseil n’était venu à propos dégager M. le ministre des finances en déguisant, avec un art qui ne trompe personne et qui réussit toujours, les faiblesses du gouvernement. Le résultat est une œuvre assez incohérente, qui n’est sûrement pas le budget reconstitué, équilibré, qu’on avait promis, qui reste un