Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/141

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les mécomptes possibles. Peut-être l’obstination avec laquelle il refuse d’évaluer au-delà de 38 millions le produit à attendre du nouveau tarif des douanes tient-elle à une arrière-pensée, au secret espoir que, si ce produit est dépassé, la plus-value ainsi obtenue, et dont il n’aura pas été fait emploi, compensera la perte temporaire qui peut résulter d’un aussi grand changement dans la tarification des transports.

Le budget de M. Rouvier n’appelle, pour le surplus, qu’un petit nombre d’observations. Le ministre avait eu la malencontreuse idée de doubler la taxe postale sur les imprimés, et il attendait 2 millions de ce doublement. La publicité est le grand ressort du commerce, et son rôle dans les affaires tend à devenir de plus en plus important. La commission a donc eu raison de repousser une surtaxe dont le poids serait retombé tout entier sur les commerçans. Le ministre n’alléguait pour raisons que l’encombrement causé dans les bureaux de poste par la multiplicité des imprimés et le surcroît de travail qui en résultait pour le personnel. Or, la mesure ne pouvait être efficace et aboutir à une diminution notable dans le nombre des imprimés sans que le commerce fût paralysé dans l’emploi d’un de ses plus puissans moyens d’action, et le contrecoup de cette diminution eût été ressenti par toutes les industries qui concourent à la production des imprimés, depuis la fabrication du papier et de l’encre jusqu’à la lithographie, la gravure sur bois et l’imprimerie. Il est un moyen plus rationnel de soulager le service des postes, si l’on ne veut pas en augmenter le personnel, c’est de laisser le champ libre à l’industrie privée. La poste a renoncé, en fait, au monopole du transport des journaux, et il lui serait matériellement impossible de le reprendre et de l’exercer aujourd’hui, tant est grande la proportion des exemplaires qui sont transportés et distribués en dehors d’elle. Qu’elle accorde la même latitude pour les imprimés, et l’industrie privée aura bientôt organisé pour la province des services analogues à ceux qui fonctionnent déjà à Paris, et dont la poste est contrainte de subir la concurrence, parce qu’il lui en coûterait trop cher pour entreprendre de les remplacer.


III

Le budget de 1892, tel que M. Rouvier l’avait présenté dans la séance du 17 février, portait 3,218,404,133 francs en recettes et 3,217,825,525 francs en dépenses, ce qui supposait un excédent de recettes de 575,608 francs et un accroissement de 52,943,976 francs sur les crédits votés pour 1891 ; mais l’augmentation réelle de