Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/142

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dépenses était beaucoup plus considérable. En effet, il fallait déduire des crédits de 1891 30,785,642 francs pour les dépenses qui ne se reproduisent pas en 1892 : travaux achevés, subventions expirées, entreprises terminées, etc., et 8,630,069 francs provenant des économies que le ministre avait réalisées sur les allocations du budget précédent, soit en tout 39,415,711 francs. Si l’on ajoute ce chiffre aux 52,943,976 francs d’augmentations accusés par le ministre, il en ressort que les créations de dépenses nouvelles et les augmentations de dépenses anciennes, par rapport aux chiffres de 1891, ne représentent pas moins de 92,359,687 francs. C’est cette somme énorme de 92 millions de crédits nouveaux, rapprochée du modeste chiffre de 8 millions d’économie, qui a mis la commission du budget en éveil. Bien que le ministre assurât que, sur cette somme, 62 millions 1/2 étaient la conséquence de lois votées ou de décisions prises par la chambre, et que les allocations nouvelles, concédées par lui à ses collègues pour assurer la marche des services, n’atteignaient pas à 30 millions, la commission a pensé que le dernier mot des économies possibles n’était pas dit, et qu’il y avait lieu de scruter minutieusement les crédits demandés par les ministres. Les curieuses révélations d’un des membres de la commission, M. Millerand, sur la gestion du ministère du commerce, semblent justifier cet épluchage. M. Millerand établit dans son rapport qu’à l’aide de viremens opérés à l’insu du directeur-général des postes sur les fonds alloués pour ses services, l’administration du commerce a pu appliquer 18,000 francs à des dépenses non prévues et non dotées. Parmi ces dépenses figurent les frais de voiture du chef du cabinet, 240 francs pour la réparation d’un lit capitonné et un couvre-lit à son usage, 161 fr. 39 pour remplacement de tapis, brosses et linoléum, 52 fr. 80 pour réparation et étamage d’une baignoire. Il est à remarquer que le fonctionnaire pour lequel on prend tant de soins, jusqu’à violer les règles de la comptabilité publique, n’a même pas le droit d’avoir un logement au ministère.

L’examen auquel la commission s’est livrée a abouti à 54 millions de réductions, portant pour 30 millions sur le ministère de la guerre et pour 7 sur celui de la marine ; mais comme, d’un autre côté, des augmentations, dont la plus considérable revient au ministère de l’instruction publique, sont consenties pour un chiffre de 13 millions, les économies proposées par la commission ne lui donnent qu’une disponibilité de 40,532,261 francs, insuffisante pour la réalisation de ses visées, qui comprennent l’incorporation au budget ordinaire non plus des seules garanties afférentes aux lignes algériennes, mais de la totalité des garanties, montant à