Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/157

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mais la Banque de France, sollicitée peut-être de venir en aide au gouvernement, ne pourrait avancer une pareille somme sans enfler démesurément l’émission de ses billets : on serait donc acculé à une consolidation forcée. La seule appréhension d’une guerre pourrait donc entraîner des difficultés plus grandes que celles qui sont résultées des événemens de 1870 et 1871. Cela n’appelle-t-il pas des réflexions ?

Les achats continus opérés pour le compte des caisses d’épargne ont faussé le marché français et amené un déclassement notable de nos rentes. Les 3 milliards 1/2 que les caisses possèdent sont sortis de portefeuilles dans lesquels ils ne rentreront pas. En outre, parmi les souscripteurs des anciens emprunts, les plus avisés ont profité de la présence d’un acheteur infatigable pour réaliser le bénéfice considérable que leurs achats antérieurs leur assuraient, et pour se reporter sur les bonnes valeurs et sur les fonds étrangers, qui ont monté à leur tour par l’effet de ces remplois. Cette hausse sera-t-elle durable ? Est-elle à l’abri d’un mouvement de recul ? Si une baisse se produit sur les valeurs ou les fonds étrangers, que de rentiers seront tentés de profiter de cette occasion d’augmenter le revenu de leurs placemens ! La rente devra donc baisser par contre-coup et le portefeuille des caisses d’épargne subira une dépréciation : une partie des déposans sera également séduite par la perspective d’un placement avantageux, et des demandes de remboursement se produiront. Une partie notable des 3 milliards 1/2 que les caisses d’épargne ont portés à la Bourse ont alimenté les emprunts étrangers et se sont expatriés au détriment de notre fonds de roulement national : une autre partie représente des placemens temporaires déterminés par l’intérêt élevé que servent les caisses d’épargne, en attendant un emploi plus fructueux.

Au lieu de considérer, comme le fait la commission du budget, la situation des caisses d’épargne et la hausse vertigineuse des fonds publics comme des gages de sécurité, il faut y voir une source de périls pour l’avenir. Les inconvéniens que nous signalons sont la conséquence de la mesure imprudente qui a relevé le minimum des versemens et des facilités qui ont transformé les caisses d’épargne en véritables banques de dépôt, dont les livrets sont devenus des livrets de chèques. L’institution a été dénaturée : au lieu de demeurer l’asile des petites économies, ouvert à ceux qui n’ont encore aucun capital et qui veulent s’en former un, elle a appelé à ses guichets des capitaux tout formés, des cliens aisés et en état de défendre eux-mêmes leurs intérêts. De là cette dette de 3 milliards 1/2 toujours exigible, qui est suspendue comme une