Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/296

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l’heure de tous les levers de rideau, — car on revient malgré soi, avec le système en usage, aux comparaisons théâtrales, — peut-être la tâche des états-majors serait-elle devenue un peu plus difficile, mais combien elle serait devenue plus instructive pour les états-majors et pour leurs juges eux-mêmes ! Serait-elle même devenue beaucoup plus difficile ? J’ose croire qu’il n’en eût rien été, car l’expérience presque quotidienne des manœuvres a démontré que les plus grosses difficultés résidaient d’ordinaire dans l’exécution mathématique d’ordres qui n’avaient pas été toujours suffisamment calculés, — et comment l’auraient-ils été quand il s’agissait de la marche de plus de 100,000 hommes ? Au temps de la vieille Université, le ministre de l’instruction publique ne se tenait pas de joie quand, tirant sa montre le mardi à neuf heures du matin, il pouvait dire : « Aujourd’hui, dans tous les lycées et collèges de France, on fait à cette heure une version latine. » L’Université s’est corrigée de cette orgueilleuse routine, mais le ministère de la guerre n’en a-t-il pas hérité ? Il est fort joli de décider six mois d’avance, que tel jour, à telle heure, les deux armées qui vont se rencontrer occuperont tel ou tel front de bataille. Mais comme on avait décidé que, la veille, la ligne de cantonnement pour ces mêmes armées s’étendrait de tel point à tel autre, il en est résulté que tel régiment d’infanterie qui arrivait au cantonnement à minuit, après avoir fait dans la journée 35 à 40 kilomètres, a dû en repartir à trois heures du matin et faire 40 à 45 kilomètres avant d’arriver au canon, ce qui est abuser inutilement des forces humaines. Au surplus, avec la prétention de tout régler d’avance, on tombe fatalement dans les plus étranges contradictions : on annonce d’une part, à heure fixe, toutes les représentations ; on décide d’autre part, ne varietur, que l’infanterie ne se mettra jamais en marche avant sept heures du matin. Sur quoi, à un mois d’août frileux, succède un mois de septembre très chaud, et voilà les fantassins qui, au lieu de profiter des fraîcheurs vivifiantes de l’aube pour « avaler » les kilomètres, sont condamnés à traîner péniblement, en plein midi, sous la pesanteur brûlante d’un été attardé, par les routes poussiéreuses et les plaines desséchées. De là, des insolations fréquentes, des maladies qu’on eût pu éviter, plusieurs cas de mort, si bien que le chef d’état-major général est amené à reconnaître lui-même, dès le second jour, que, si

Tout sur terre appartient aux princes hors le vent,

tout appartient sous le ciel aux impresarii de manœuvres, hors le soleil, et, par conséquent, vu le refus obstiné de l’astre de se