Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/324

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I

La femme dont le nom est en tête de ces pages a eu son jour de célébrité et presque de gloire. Elle en a dû les premiers rayons à ce grand explorateur dans le domaine des idées et des âmes qui s’appelait Garo. Il était coutumier de telles découvertes, et c’est lui qui l’a fait connaître, comme plus tard il devait taire connaître Amiel et Doudan. Ceux qui, à travers cette fin de siècle et ses préoccupations assez matérielles, ont conservé le culte de la poésie et le souci des questions philosophiques, ces rares là n’ont pas oublié l’article qu’au mois de mai 1874 M. Caro consacrait ici même à un petit volume de vers récemment paru qui avait pour titre : Poésies philosophiques, et pour auteur une femme dont personne n’avait jamais entendu prononcer le nom. Sainte-Beuve rapporte qu’au lendemain de la publication d’Indiana, tout le monde s’abordait dans la rue en échangeant ces mots : « Avez-vous lu Indiana ? Lisez donc Indiana. » De même au lendemain de l’article en question, tout le monde (tout le monde, c’est-à-dire mille personnes à Paris) s’abordait en se disant : « Avez-vous lu les vers de Mme Ackermann ? » Question bientôt suivie d’une autre : « Qui est donc Mme Ackermann ? » On se demandait en effet avec curiosité de quels bords inconnus pouvait bien débarquer cette nouvelle Lélia, incrédule et insensible, dont les lamentations, pour être écrites dans une langue plus simple et cependant plus poétique, n’avaient pas moins de profondeur ni d’âpreté. Grande fut