Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/375

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La conférence se serait séparée sans s’égarer plus longtemps dans de stériles déclarations, si elle n’avait été saisie d’une proposition qui eut l’étrange fortune, sans aboutir, de renverser le cabinet français. Peu de jours après les premiers troubles d’Alexandrie, le 22 juin, le cabinet anglais appela l’attention du gouvernement de la république sur les périls auxquels pouvait se trouver exposée la libre navigation du canal de Suez. Cette première démarche resta sans résultat, ou plutôt il fut convenu que cette question ferait l’objet d’un examen ultérieur si les circonstances venaient à l’exiger. Cette nécessité parut à lord Granville s’imposer impérieusement le jour même où la flotte anglaise démantelait les forts d’Alexandrie. Les hostilités étaient ouvertes ; Arabi-Pacha pouvait penser, il devait même croire qu’il avait un intérêt de premier ordre à se saisir du canal, qui eût été, entre ses mains, un gage précieux au cas probable où les Anglais feraient intervenir des troupes venant des Indes. Lord Lyons fut chargé d’entretenir M. de Freycinet de cette éventualité ; il le fit le 13 juillet, en insistant sur l’urgence d’aviser. Dans la pensée du cabinet de Londres, il convenait d’en saisir la conférence en lui faisant remarquer que la France et l’Angleterre disposaient, sur les lieux, des moyens de garantir la sécurité de l’isthme. Le cabinet français consentit à prendre cette ouverture en considération ; M. de Freycinet dut représenter, toutefois, à lord Lyons, qu’il lui semblait inopportun de faire mention des puissances qui pourraient être chargées de cette mission et qu’il semblait préférable de laisser aux plénipotentiaires le soin de les désigner. La rédaction de lord Granville fut ainsi amendée ; et, le 19, les ambassadeurs de la France et de l’Angleterre purent soumettre à la conférence la proposition des deux puissances. Moins téméraire que les ministres anglais, M. de Freycinet avait pris soin, toutefois, de réserver l’adhésion du parlement ; et, dans la confiante prévision que la France pourrait être, d’un instant à l’autre, invitée, avec l’Angleterre, à occuper le canal, il mit la chambre des députés en situation d’en délibérer.

La question d’Egypte avait déjà donné lieu à des débats parlementaires ; le ministère avait été interpellé en lévrier, en mai, et, en dernier lieu, le 1er juin. En février, le président du conseil avait tracé, à grands traits, la politique de la France, et ce qu’il en disait peut se résumer en ces termes : maintien du statu quo en Egypte par le concert européen. Mais, dans son opinion, ce concert n’avait d’autre valeur que celle d’une consultation. Après avoir rappelé, en effet, que nous possédions, au Caire, une situation exceptionnelle que nous devions garder à tout prix : « J’ai à peine besoin de dire, ajoutait-il, que, dans l’échange de vues que