Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/404

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le 19 avril 1884, une dépêche-circulaire leur proposant la réunion d’une conférence « en vue de décider si ces modifications étaient nécessaires et quelle devait en être la nature exacte. » M. Jules Ferry, qui avait remplacé M. Duclerc au quai d’Orsay, pendant que lord Granville avait gardé la direction du foreign office, fit bon accueil à cette communication malgré les récens démêlés des deux cabinets. Fort habilement, il fît toutefois remarquer que la proposition de l’Angleterre impliquait l’étude d’autres questions connexes qu’il convenait de soumettre à un examen préalable, et M. Waddington, le successeur de M. Tissot à Londres, eut, à ce sujet, divers entretiens avec lord Granville. Les deux négociateurs parvinrent à s’entendre, et l’accord qui s’établit entre eux, ou plutôt ce qu’on put en dire, fut consigné dans deux notes qu’ils s’adressèrent réciproquement le 15 et le 16 juin. Dans la première l’ambassadeur déclarait que « le gouvernement français ne songeait d’aucune façon à pousser au rétablissement du contrôle anglo-français… Le condominium est mort, ajoutait-il, et nous n’entendons pas le ressusciter. » M. Waddington ajoutait qu’on avait à tort attribué à la France l’intention de substituer une occupation française à l’occupation anglaise, le jour où l’Angleterre rappellerait ses troupes. « Le gouvernement de la république, ajoutait-il, est prêt à prendre à cet égard les engagemens les plus formels. »

Ces assurances étaient-elles commandées par l’état des choses ? Les éventualités, manifestement invraisemblables, auxquelles elles se referaient, constituaient-elles les questions connexes qui préoccupaient M. Jules Ferry ? Assurément, non. Elles furent imaginées pour autoriser une déclaration plus justifiée, et d’un plus haut intérêt, touchant le point capital qui devait inquiéter le cabinet français, l’évacuation de l’Egypte. La France ne pouvait aider le cabinet de Londres à sortir des difficultés qu’il rencontrait en Egypte sans être assurée qu’il mettrait prochainement un terme à son occupation. Répondant à notre ambassadeur, qui de son côté n’avait pourtant pas ouvertement touché à ce sujet, lord Granville en effet l’aborde et énonce clairement les intentions du ministère anglais : « Le gouvernement de la reine, dit-il, apprécie l’importance des déclarations faites par Votre Excellence au nom du gouvernement français. L’abandon formel de toute pensée de rétablir le condominium, et les assurances pour l’avenir que des troupes françaises n’entreraient pas en Egypte sans le consentement de l’Angleterre ont rendu praticable et grandement facilité un complet et franc échange de vues.

« Le gouvernement de Sa Majesté est satisfait de constater que les deux gouvernemens sont d’accord en ce qui concerne les intérêts que l’Europe a dans la bonne administration et la prospérité