Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/412

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Le 19 septembre dernier, à huit heures et demie du matin, don José Manuel Balmaceda, président du Chili, se brûlait la cervelle dans la chambre qu’il occupait à Santiago, chez le ministre résident de la république argentine, M. Urriburia. Vaincu, fugitif et traqué par ses adversaires, l’homme qui fut pendant vingt ans l’idole du parti libéral au Chili, pendant trois ans le président populaire de la république, pendant dix-huit mois l’objet des haines les plus violentes, terminait à cinquante et un ans sa carrière politique par un acte de désespoir. Il laissait le Chili épuisé par la guerre civile, Iquique et Tarapaca bombardées, Arica et Tacna dévastées. Il avait perdu son armée, sa flotte et ses trésors, Santiago, la capitale, et Valparaiso, le grand port ; la fuite était impossible, plus impossible encore un retour de la fortune. Acculé aux résolutions suprêmes, il se jugea lui-même, s’absout, mais se tua.

L’étrange carrière de cet homme occupe une place importante dans l’histoire du Chili. Elle se relie aux conséquences de la guerre avec le Pérou et la Bolivie, que nous avons racontée ici même [1]. Tout se tient et s’enchaîne dans les événemens humains, dans ce

  1. Voyez la Revue des 15 juillet et 1er décembre 1881 et du 15 mai 1884.