Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/42

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antérieures du vice-roi si manifestement méconnues par ses derniers actes, M. Waddington, ministre des affaires étrangères, écrivait à notre agent au Caire : « Il nous est impossible de ne pas considérer ces résolutions comme un manque d’égards volontaire… » Si le khédive y persistait, « il ne resterait aux deux cabinets qu’à se réserver une entière liberté d’appréciation et d’action dans la défense des intérêts de leurs nationaux en Egypte et dans la recherche des moyens les plus propres à assurer à ce pays les conditions d’un bon gouvernement [1]. » La menace était directe et formelle. On l’avertissait officieusement, d’ailleurs, que, si l’on y était contraint, on exigerait sa déchéance. Il n’en fut pas ébranlé. Dans son infatuation, il ne put se persuader que la France et l’Angleterre s’entendraient pour en venir à une pareille extrémité, propre à soulever de nouvelles difficultés, et à laquelle on ne pouvait donner suite, croyait-il, sans la participation de toutes les puissances garantes des pouvoirs souverains conférés à la descendance de Méhémet-Ali. Il ne voulut y voir qu’un moyen d’intimidation. Rusant avec plus d’entêtement que d’habileté, il soumit ses derniers actes à l’examen des deux cabinets, déclarant qu’il en rapporterait les dispositions si elles n’obtenaient pas leur assentiment après une plus mûre appréciation. Cet expédient dilatoire n’eut aucun succès. La France et l’Angleterre donnèrent l’ordre à leurs représentans au Caire de recommander officiellement au khédive d’abdiquer et de quitter l’Egypte [2]. Les deux cabinets firent part de leur détermination aux autres puissances, lesquelles s’y associèrent par leur acquiescement. En recevant cette communication, Ismaïl-Pacha ne dissimula ni sa surprise ni son émotion. Il lui restait un recours, il en usa ; il fit appel à son suzerain. Il oubliait que l’indépendance de l’Egypte ou plutôt les concessions faites à son grand-père avaient été arrachées à la Porte et que le gouvernement du sultan, dans sa résignation, y avait souscrit sans jamais s’en accommoder. Le khédive ne prévoyait pas qu’on saisirait avec empressement, à Constantinople, cette occasion de faire une nouvelle tentative pour remettre la main sur la plus opulente province de l’empire. Ses illusions ne lurent pas de longue durée ; au lieu d’être défendu, il fut révoqué de sa haute dignité, par une dépêche télégraphique, sans aucun ménagement pour son amour-propre, et son fils fut proclamé vice-roi d’Egypte. Au lieu de descendre dignement du pouvoir, il en fut expulsé comme un vulgaire administrateur. Pour mettre le comble à l’humiliation qu’on lui infligeait, on lui interdit le séjour de Constantinople, où il avait

  1. Dépêche du 25 avril 1879.
  2. Dépêche du 18 juin 1879.