Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/470

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d’un maniement difficile dans les zones montagneuses ou boisées : un mousqueton, du même modèle, muni d’une baïonnette légère, répondrait mieux au service de nos troupes coloniales. Tous les cadres de nos régimens tonkinois et un groupe de tirailleurs d’élite par compagnie devraient recevoir cet armement.

Devant Hu-Thué, des plaques de tôle, empruntées à nos canonnières, ont été utilisées, non sans succès, en guise de pare-balles, pour la construction rapide de tranchées sous le feu de l’ennemi. De petites opérations de siège analogues se renouvelleront sans doute plus fréquemment au Tonkin, au fur et à mesure que l’ennemi sera mieux familiarisé avec notre mode de combattre. Les principales places devraient, pour cette éventualité, posséder un certain nombre de pare-balles en métal léger, pouvant protéger à cent mètres un homme à genoux contre la balle du Remington.

En prévision de plus graves éventualités, un petit parc aérostatique pourrait être constitué à Hanoï.

L’emploi des chiens de guerre et des pigeons-voyageurs devrait devenir réglementaire au Tonkin.

Dans chaque région, dans chaque poste, devrait être établi un carnet contenant non-seulement des données topo graphiques et statistiques sur la contrée, mais aussi l’historique des grandes comme des petites opérations qui y ont été effectuées ; des renseignemens sur la composition, sur la manière de combattre des bandes qui y stationnent ; par ces moyens l’on faciliterait considérablement la tâche de ceux qui auraient à y effectuer de nouvelles opérations.

En terminant, rappelons, à propos des procédés tactiques à employer contre les bandes chinoises ou annamites, un principe dont un chef soucieux des obligations morales que lui imposent ses fonctions ne doit jamais se départir : infliger à l’ennemi le maximum des pertes avec le minimum des sacrifices.

A notre avis, dans la plupart des cas, sauf dans les engagemens de rencontre ou dans des coups de main, dans lesquels le succès dépend de la promptitude et de l’énergie de l’offensive, c’est moins par la « furia quand même » de la troupe, que par son sang-froid et par sa discipline, par l’habileté des dispositions prises et par la ténacité du chef que les meilleurs résultats seront obtenus dans nos expéditions d’outre-mer.


Colonel FREY.