Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/480

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tectionnisme. D’ici-là, on peut prévoir encore une lutte des plus vives, des plus passionnées, où les chefs républicains, le président Harrison, qui aspire à rester, le secrétaire d’État, M. Blaine qui aspire à la présidence, peut-être M. Mac-Kinley, qui a, lui aussi, ses ambitions, déploieront toutes leurs ressources pour défendre leur politique. La question ne laisse pas d’avoir son importance pour l’Europe comme pour la république américaine elle-même. Elle remplira l’année qui va s’ouvrir. En attendant la grande bataille intérieure, les États-Unis ont pour le moment une assez singulière querelle avec le Chili, à la suite de la dernière guerre civile, de cette guerre où le président-dictateur Balmaceda s’est donné la mort après avoir perdu le pouvoir. À tort ou à raison, le représentant américain à Santiago et à Valparaiso, M. Egan, passe pour avoir favorisé et même servi l’ancien dictateur. Il s’est fait une position au moins délicate et il a provoqué des ressentimens populaires qui se sont manifestés par des insultes, peut-être par de mauvais traitemens à l’égard de quelques marins d’un navire américain stationné dans les eaux de Valparaiso. Les États-Unis ont trop l’orgueil de leur puissance pour laisser insulter leurs marins, et ils ont réclamé impérieusement une satisfaction. Le Chili, qui sort à peine d’une crise violente, qui vient de se donner une assemblée nouvelle et un nouveau président, dont le nom rappelle un président d’autrefois, M. Montt, le Chili ne refuse pas toute satisfaction ; mais il tient à garder son indépendance et sa dignité. Il ne veut pas céder à la menace, à une sommation blessante. On en est là. Les États-Unis, comme on le disait récemment, iront-ils jusqu’au bout, jusqu’à une rupture qui serait suivie de représailles, de quelque exécution sommaire ? Ce serait pour le Chili la guerre étrangère après la guerre civile. Ce serait la ruine pour la petite république du Sud sans grand profit ni grand honneur pour la puissante république du Nord.

C’est la triste fatalité de ces petits États sud-américains de se débattre sans cesse dans les révolutions, dans les conflits qui appellent quelquefois les interventions étrangères, de n’échapper à une crise que pour retomber dans quelque crise nouvelle. La paix est un bienfait exceptionnel et sans durée pour eux. On pourrait dire que la guerre civile est une condition invariable de l’Amérique centrale, de ces quatre ou cinq petites républiques qui passent leur temps à se défier et à se déchirer. À l’autre extrémité, à Montevideo, il y a eu tout récemment une insurrection qui a menacé la vie du président et qui n’a peut-être été réprimée que momentanément, jusqu’à la prochaine occasion. À Buenos-Ayres, dans la république voisine, la crise politique va de pair avec cette crise financière qui a éclaté il y a quelque temps, qui a si lourdement pesé sur le marché anglais. Et maintenant voici qu’à son tour le Brésil vient d’être ramené, par les révolutions, aux coups d’état. Il y a deux ans aujourd’hui que le Brésil, qui