Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/534

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Albe n’était pas marin : c’est là son excuse. Il laissa la piraterie peu à peu grandir ; quand il voulut la supprimer, il était trop tard. Sa détresse financière explique d’ailleurs jusqu’à un certain point sa négligence. Le gouvernement des Pays-Bas n’avait jamais eu de marine permanente. Ce n’était pas l’usage pour la marine à voiles, et les mers du Nord se prêtaient mal à l’emploi de la marine à rames. En l’année 1557, il est vrai, le roi Philippe II jugea nécessaire de protéger les rivages des Flandres contre l’audace des corsaires français. Il rassembla et entretint aux frais du trésor royal onze vaisseaux de guerre : le Faucon de 400 tonneaux et de 250 hommes d’équipage, le Cheval marin de même échantillon, la Marie de 300 tonneaux et de 200 hommes, le Dragon de 200 tonneaux et de 150 hommes, l’Aigle de 150 tonneaux et de 110 hommes, le Tigre d’égale force, le Cerf monté par 120 hommes, le Sauveur armé de 120 hommes aussi, le Lion n’en possédant que 110, le Cerf-Volant pourvu d’un équipage de 100 hommes, le Petit-Oiseau naviguant avec un effectif de 60. Cette flotte, dont l’équipement exigeait l’entretien de 1,600 hommes régulièrement soldés, était une nouveauté. La nouveauté parut trop coûteuse et, la paix faite, la flotte royale fut désarmée. Au temps du duc d’Albe, il n’en restait rien.

Jusqu’à l’armement tout à fait exceptionnel prescrit par le fils de Charles-Quint, quand on avait eu besoin de vaisseaux, on s’était adressé pour les obtenir au commerce. Dans chaque province le stathouder, représentant de l’autorité suprême, convoquait les états, c’est-à-dire les députés nommés par les villes et par la noblesse. Les états assemblés, le stathouder leur exposait les motifs qui obligeaient le prince à réclamer leur concours, et il leur demandait de vouloir bien autoriser la mise sous séquestre des bâtimens dont les services deviendraient nécessaires. La mesure était généralement votée sans opposition. Les officiers du stathouder se rendaient alors dans les principales places de commerce. Là ils invitaient à comparaître les armateurs et les patrons. Ces patrons et ces armateurs, dont les dépositions se contrôlaient mutuellement, devaient, sous les peines les plus sévères, faire la déclaration du tonnage de leurs navires, du nombre de pièces d’artillerie et de la quantité de munitions de guerre qui se trouvaient à bord. Parmi les vaisseaux ainsi déclarés, les officiers du stathouder faisaient leur choix. Le contrat était ensuite dressé en présence des magistrats de la ville. Les conditions ordinaires de l’affrètement paraissent avoir été, en 1557, de 30 stuivers — 3 fr. 40 environ — par tonneau et par mois. Le prince s’engageait, en outre, à dédommager le propriétaire des avaries que subirait son vaisseau pendant la campagne.