Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/540

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Les Pays-Bas comprenaient sous Charles-Quint la Hollande, la Belgique et six des plus beaux départemens du nord de la France. La Hollande et la Belgique à elles seules occupent aujourd’hui un territoire de 63,000 kilomètres carrés de superficie. La population de ces deux États réunis fournirait un ensemble de 9 ou 10 millions d’habitans. Au temps des ducs de Bourgogne et des princes de la maison d’Autriche, le chiffre naturellement était beaucoup moindre : il ne dépassait pas 3 millions, — densité encore exceptionnelle, tout à fait exceptionnelle pour l’époque. La ville d’Anvers, en effet, renfermait environ 100,000 habitans : elle le cédait à peine sous ce rapport à la ville la plus peuplée de l’Europe, — à Paris. Les Pays-Bas passaient donc à bon droit pour une possession des plus enviables. Ils fournissaient annuellement à l’Espagne 2 millions de florins (4,500,000 francs), c’est-à-dire les deux cinquièmes du revenu de tous les États espagnols.

L’unité de ce magnifique domaine ne s’était pas faite sans combat. Elle ne fut complètement réalisée que sous Charles-Quint. En 695, Willebrod fut à Utrecht le premier évêque ; au XIIe siècle, on trouve, à côté des ducs de Brabant, des comtes de Namur et de Hainaut, successeurs des grands feudataires de Charlemagne, un évêque de Liège, un comte de Flandre, un duc de Gueldre. Le morcellement politique était la loi du jour. La domination des comtes de Hollande dura, sans altération sensible, de l’année 922 à l’année 1299. En l’année 1323, le comte de Hollande est devenu à la fois comte de Hollande et comte de Zélande. Les Frisons, — les libres Frisons, comme on les appela longtemps encore après qu’ils eurent cessé d’être libres, — maintiennent obstinément leur autonomie. La ville de Groningue constitue à elle seule une république. Elle étend son autorité sur une partie de la Frise et de la contrée désignée sous le nom d’Ommeland. De 1433 à 1467, Philippe le Bon règne sur la Bourgogne, sur la Flandre, sur Malines, sur la Franche-Comté, sur l’Artois, sur Namur, sur le Brabant, sur la Hollande et sur la Zélande. Il ne lui manque, pour pouvoir se vanter d’avoir joint à ses États héréditaires la totalité des Pays-Bas, que la Gueldre, Utrecht, l’Overyssel, Drenthe, Groningue et la Frise.

L’annexion de ces dernières provinces fut l’œuvre de la maison d’Autriche. Ces conquêtes suprêmes accomplies, l’ensemble des Pays-Bas se trouva-circonscrit par la Mer du Nord, par le cours de l’Ems, le cours du Rhin et celui de la Moselle, par la Meuse enfin au Midi et par la frontière française. Nouvelle Chaldée, sillonnée dans tous les sens de cours d’eau, la Néerlande, par sa position entre la Baltique et la Méditerranée, mettait en