Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/561

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terroir, une lettre fort bien tournée commençant par ces mots : « Je ne suis qu’un boer,.. » signée d’un van quelconque. Or « je ne suis qu’un boer, » cela signifie : « Attention, et vous allez voir de quel bois se chauffe un paysan du Danube. » Peu à peu, une distinction s’établit entre les colons des villes et ceux des campagnes. Les citadins ne voulurent être que des burghers ; les ruraux demeurèrent des boers. Lors de la grande émigration des Hollandais, presque tous les habitans d’origine néerlandaise étaient des ruraux, et ce furent presque les seuls à s’expatrier. Alors s’introduisit, en effet, une majuscule dans le mot boer ; c’était un nouveau peuple qui fondait des États hors du territoire colonial. Mais ces communautés de fermiers ont grandi par la suite ; leur unité sociale a fait place à une diversité, à des catégories. Un charpentier de l’État libre ou du Transvaal, un maçon, un peintre vitrier, un zingueur, n’est pas un boer, quand même il ne comprendrait que la langue hollandaise. On ne saurait classer comme boers les juges, les avocats, les médecins, les architectes, les journalistes et les pasteurs de l’Eglise réformée. C’est pourquoi nous écrirons boers avec un petit b. Ajoutons ceci, qui est essentiel : le Cap renferme plus de boers que les deux républiques prises ensemble, car le moins grand nombre émigra. C’est le premier des États sud-africains à base hollandaise. Comme dans l’opération du marcottage un coup de sécateur put séparer les provins du plant mère, ou bien il fallut deux coups, plusieurs coups : souche et rejetons portent le même feuillage, et, puisant leur nourriture dans le même sol, se développent de la même manière ; mais le vieux tronc est resté le plus gros.

Il y a aussi des Anglais, beaucoup, dans la colonie, dans l’État libre et dans le Transvaal, surtout depuis quelque temps. Ce qu’il n’y a plus, c’est une Grande-Bretagne encore disposée à suivre son ancienne politique conquérante, autoritaire, assimilatrice, ni, le voulût-elle, capable de l’imposer. Cet esprit a battu en retraite ; il s’appelle, au Sud-Afrique, d’un nom pris en mauvaise part : impérialisme, et l’on en pourchasse les derniers traînards avec une ardeur infatigable.

Le jingoisme aussi va diminuant parmi ceux des colons de race britannique qui en étaient atteints. D’un refrain de café-concert lancé par quelque Paulus de Londres resta le sobriquet de jingo, avec ce type de bravache plus positif, enfourchant sa flotte pour cheval noir et finissant, après avoir compté ses vaisseaux et ses hommes, par taper sur son gousset. Au Cap et autour il n’est peut-être pas mort, mais il se meurt.