Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/579

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pas désiré une trop brusque détente de leur lien avec l’Angleterre et qu’ils ne se souciaient en aucune façon de le voir coupé. Ils voulaient être consultés, mais soutenus. Ils ne demandaient pas à être affranchis et quittés. Dans les débats qui menèrent à leur émancipation de 1872, l’initiative, en somme, partit de la métropole. ce fut elle qui proposa l’adoption du « gouvernement responsable » ou « gouvernement de parti, » comme disent nos voisins pour « gouvernement parlementaire. » On a pu soutenir qu’elle l’avait en quelque sorte imposé. L’insistance vint de Londres. La colonie hésita, se défendit, et, finalement, accepta cette coupe de miel mêlé de vinaigre par un vote de raccroc. Comme la république à Versailles, le parlementarisme triompha au Cap à une voix de majorité.

Cela dit par anticipation, reprenons la suite des événemens.

Dès l’entrée en vigueur de la constitution de 1853, il devint évident que le ministère impérial y voyait surtout un prétexte pour fermer sa bourse. Jamais, aux heures les plus critiques, la mère patrie n’avait prêté au Cap plus qu’une faible brigade de son armée ; mais l’entretien d’un corps spécial recruté dans le pays (Cape-Infantry), les fréquentes convocations de milices, d’auxiliaires indigènes, enfin les frais d’administration formaient, additionnés depuis la conquête, une grosse somme, quatre fois la valeur, disait-on, de toute la colonie largement estimée. Un terrible homme, M. Gladstone, passé chancelier de l’Échiquier après son bref séjour au Colonial Office, manifestait le ferme propos de ne plus donner un sou. Ainsi ne l’entendait point un parlement peu flatté d’avoir à vivre de satisfactions purement décoratives : ni, ce qui se conçoit, le gouverneur chargé d’inaugurer ce régime. C’était sir George Grey, homonyme, mais non parent du comte Grey dont il a été question. Cet habile administrateur, octogénaire aujourd’hui et retiré en Nouvelle-Zélande, se refusait à faire bonne chère sans argent. En attendant la réunion des chambres, on avait provisoirement fixé le chiure annuel des dépenses au modeste taux de 2,650,000 francs ; la métropole allait reprendre sa liberté financière, rayer de son budget l’entretien des troupes du Cap ; il appartenait au parlement colonial de voter tels crédits que de raison en sus de la somme déjà dite, qui représentait le coût de l’administration civile. Or ce parlement disait : pardon, il y a erreur. Si nous sommes toujours les sujets de sa majesté, si nous contribuons encore à la gloire de son empire, nous trouvons juste qu’elle nous défende un peu. Sir George Grey finit par négocier un arrangement. L’Angleterre continuerait à fournir pendant quelques années, huit ou dix, une subvention de 1 million de francs pour les dépenses civiles. Avec cela on ferait des route ? , on pensionnerait certains chefs cafres, on encouragerait les œuvres de bienfaisance et d’éducation parmi