Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/591

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corps régulier des Cape mounted riflemen. Ce fut un des rares blessés de cette singulière campagne. Il s’appelait le capitaine Vincent.

De malicieux Bassoutos racontent qu’à l’affaire de Kalabane un officier d’artillerie volontaire, ancien élève de l’école de Woolwich, adossa une superbe pièce de A, complètement neuve, bourrée de mitraille jusqu’à la gueule, contre une paroi de rochers. Au premier coup, l’affût vola en morceaux. L’ancien cadet de Woolwich avait oublié, depuis le temps, que les canons reculent !

Avec ses talens d’administrateur et son énergique volonté, M. Sprigg n’était pas coupable de ce gâchis ; mais responsable, son ministère l’était, et il se retira. Ce fut le deuxième cabinet victime de l’autonomie. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin : ce fut le deuxième jour. Quel déplaisir pour les hommes d’Etat du parti libéral anglais, menacés maintenant d’expier fort cher leur passion d’économie quand même ! « S’il devenait nécessaire, écrivait lord Kimberley, que les troupes impériales entrassent en campagne et se portassent au secours des forces coloniales pour remédier aux conséquences de mesures que le gouvernement de Sa Majesté n’a pas approuvées, le système du self-government, combiné avec la self-defence, qui avait fini par être appliqué en ces derniers temps, aurait échoué, et une révision des conditions dans lesquelles sont administrés les territoires indigènes actuellement régis par la colonie pourrait devenir inévitable. » Mais il s’agissait justement d’empêcher la chose ; le secrétaire d’État complétait ses instructions par ces lignes significatives : « Vous n’aurez pas de peine à comprendre qu’en ce qui concerne généralement la colonie du Cap, le retrait ou même la suspension temporaire ou la modification du gouvernement responsable ne seraient point du nombre des mesures que le gouvernement de Sa Majesté pourrait avoir en vue. »

Ainsi, pas d’intervention matérielle, mais la paix. Que restait-il comme moyen ? La diplomatie ; et comme ressource ? L’humilia-lion. Le nouveau gouverneur, sir Hercules Robinson, était souple et avisé, home ruler d’instinct par ses origines et ses alliances irlandaises, rompu au métier par divers stages. Il se dédoubla : « Je suis, disait-il aux Bassoutos, président d’une espèce de république (celle qui diffère d’une colonie) ; je dépends de mes ministres ; ne vous montrez pas trop exigeans, soyez gentils, et nous nous entendrons. » Puis il se tournait vers le Cap : « Je relève du gouvernement de Sa Majesté. J’ai mes ordres. Ne vous montrez pas trop pointilleux ; soyez raisonnables, et tout ira bien. » Quand il ne voulait pas comprendre, il disait aux uns et aux autres : « Un