Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/647

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défectueuses ou en nombre assez limité, sont en ce moment l’objet d’un magnifique ouvrage publié sous la direction de M. Fr. Lippmann, le savant conservateur du cabinet de Berlin, avec le concours des amateurs et des critiques qui se sont plus particulièrement occupés de Rembrandt. Bientôt terminé, ce recueil ne comprendra pas moins de deux cents fac-similés de dessins choisis parmi les plus remarquables de ses études ou de ses compositions. Pour un prix relativement modique, ces fac-similés irréprochables éclairent d’un jour nouveau le talent du maître, en même temps qu’ils nous renseignent sur ses procédés d’étude, sur la genèse de quelques-uns de ses tableaux et sur sa vie elle-même. Avec les découvertes incessantes faites par les érudits dans les archives hollandaises, il y a là un ensemble d’informations variées et d’une importance capitale. Nous essaierons aujourd’hui d’apprécier leur valeur respective, en nous attachant de préférence aux plus récens de ces travaux. A raison du bruit qui s’est fait autour d’eux, nous comprendrons dans cette revue deux volumes, édités depuis un an en Allemagne, et qui, pour des motifs différens, ont vivement ému l’opinion chez nos voisins, le dernier surtout, qui en ce moment n’est pas sans y causer quelque scandale.


I

Les témoignages que les contemporains nous ont laissés sur Rembrandt ne sont ni bien nombreux, ni bien explicites, et pourtant, célèbre de bonne heure, il a été pendant quelques années le peintre le plus en vue de la Hollande. Mais si jusqu’à la fin de sa vie il a conservé quelques admirateurs fervens, il s’est vu, à partir d’une certaine époque, bien délaissé de ses compatriotes. La bizarrerie de son humeur, son peu de souci du qu’en dira-t-on, sa ruine et les mésaventures qui en furent la conséquence, la nouveauté de son talent, peu fait pour plaire aux masses, tout contribuait ù augmenter l’obscurité dans laquelle il aimait à vivre, jaloux qu’il était de conserver sa liberté bien plus encore que d’accroître sa réputation. Aussi, même avant sa mort, les fables les plus étranges s’étaient répandues sur son compte et avaient trouvé quelque crédit dans son propre pays.

Les informations des biographes contemporains qui le concernent se rapportent donc, pour la plupart, aux débuts de sa carrière artistique. Dès son extrême jeunesse ses concitoyens étaient fiers de lui. Ce jeune homme, dont la vocation avait été si précoce, leur appartenait bien. Sa famille, comme son premier maître, était de Leyde, et après un séjour de six mois à peine dans