Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/650

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les élémens de son art, avait fréquenté pendant huit ans, à Amsterdam, l’atelier de Rembrandt et s’était ensuite fixé à Rome où, sous le nom de Monsu Bernado, il avait travaillé de 1656 à 1687, année où il était mort après avoir abjuré le protestantisme. Le petit nombre des œuvres de Keilh qui nous ont été conservées donnent l’idée d’un peintre un peu éclectique, subissant successivement les influences les plus diverses ; au demeurant, toujours assez médiocre. Mais la façon dont il a parlé de son maître témoigne de l’affection profonde qu’il lui avait conservée.

Outre la date de 1606, donnée par lui, et généralement admise aujourd’hui pour la naissance de Rembrandt, Baldinucci nous apprend que ce dernier était mennonite, ce qui nous explique à la fois ses relations avec les ministres de cette secte religieuse, — comme Alenson et Anslo, dont il fit plusieurs fois le portrait, — et sa manière libérale de comprendre et d’interpréter l’Évangile. Après avoir cité comme une des œuvres les plus célèbres de l’artiste le tableau connu sous le nom de la Ronde de nuit et auquel il donne bien plus exactement le titre de Prise d’armes de la garde civique, il nous représente l’auteur comme un homme d’un caractère tout particulier, « un humoriste de premier ordre, sans souci de l’opinion, » travailleur infatigable, « si ardent à l’ouvrage que, lorsqu’il était en train de peindre, il n’aurait pas reçu chez lui le plus grand souverain de la terre et l’aurait fait attendre jusqu’à ce qu’il eût terminé sa tâche. » Les détails sur sa manie de collectionneur ne sont pas moins curieux. A en croire l’écrivain, il était tellement impétueux dans ses désirs, que « dans les ventes d’objets d’art, notamment de tableaux ou de dessins de grands maîtres, il faisait dès la première mise à prix une si haute enchère que personne n’avait plus envie de surenchérir après lui. » Enfin, et ce témoignage d’un élève qui l’a pratiqué pendant huit années consécutives est significatif, cet homme qu’on devait par la suite représenter comme un avare, « prêtait très libéralement toutes ses vieilleries aux peintres qui en avaient besoin pour leurs tableaux, » donnant ainsi la mesure d’une bonté dont Keilh ne saurait assez le louer, et « qu’il poussait jusqu’à l’extravagance. » Tous ces traits sont caractéristiques ; leur prévision ne laisse aucune place au doute, et ils s’accordent, du reste, avec les découvertes les plus récentes faites dans les archives.

Chez les autres contemporains de Rembrandt nous trouvons à glaner des appréciations sur ses œuvres et sur son talent, plutôt que des détails sur sa personne, appréciations tantôt bienveillantes et même chaleureusement sympathiques, comme celles de Ph. Angel ou du poète Jeremias Decker ; tantôt, au contraire,