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I. L’ÉVOLUTION DU SAINT-SIÈGE ET L’ENSEIGNEMENT SOCIAL DE LÉON XIII.


« De quoi donc aujourd’hui vient se mêler l’Église ? et par où la question sociale regarde-t-elle le pape et les curés ? » Ainsi s’exprimait un vieillard, et, en tenant ce langage, il était bien dans la tradition de ce siècle expirant, dans la tradition française, du moins. Le XIXe siècle, — nous en pouvons déjà parler au passé, — s’était flatté d’exclure l’Église des affaires de ce monde. Il lui semblait que la religion, faite pour les choses du ciel, n’avait rien à prétendre aux choses de la terre. Le libéralisme, en faisant profession de respecter la liberté religieuse, avait pris soin d’enfermer le clergé dans ses églises, dans ses séminaires et ses couvens. Le siècle avait fait comme ces maires ou ces sous-préfets qui, de par la loi, font défense au Christ de se montrer dans la rue. La croix ne devait plus se laisser voir que dans la solitude des cimetières, sur la tombe des morts, ou, loin des regards des vivans, sur la flèche des tours perdues, là-haut, dans les airs. A beaucoup il semblait même, par là, servir la religion : c’était la compromettre que de la laisser sortir de son double domaine, la nef de ses églises et