Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/734

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Tout, à Rome, était subordonné à la défense de la chétive monarchie pontificale. C’était la faute des temps plus que celle des hommes, si le Vatican mesurait toutes choses à cette courte mesure. La démocratie semblait une ennemie de la papauté parce qu’elle était une menace pour sa royauté temporelle. La démocratie se personnifiait, pour l’ancien exilé de Gaëte, dans Mazzini et dans Garibaldi, dans les hommes qui s’étaient insurgés contre le trône sacré du souverain pontife, de même que le libéralisme lui apparaissait sous les traits de Cavour, de Ricasoli, de Minghetti, des politiques qui ne craignaient pas de porter une main sacrilège sur l’héritage de saint Pierre. Entre la démocratie et le saint-siège romain, la question romaine semblait creuser un fossé infranchissable. Or, ce fossé a été, en partie, comblé par la ruine même de l’antique monarchie pontificale. De toutes les conséquences de la chute du pouvoir temporel des papes, c’est peut-être la plus considérable et la moins prévue.

Il ne fallait rien moins que cette révolution dans sa capitale pour que le saint-siège put, de nouveau, accueillir le rêve d’une alliance entre l’Église et la démocratie. La papauté, dépouillée par un roi, avec le concours des parlemens et la connivence des chancelleries, devait être amenée à chercher les peuples par-dessous les trônes et les gouvernemens. Le 20 septembre 1870 a coupé le lien séculaire qui semblait enchaîner les successeurs du pêcheur galiléen aux rois, aux princes, aux riches, aux grands de ce monde. La brèche de la Porta Pia a ouvert au saint-siège des perspectives nouvelles. Les bornes du non possumus ont été déplacées. Si le siècle voulait garder une prise sur la tiare, il ne fallait pas la laisser alléger de sa couronne temporelle. La papauté évincée de ses domaines terrestres nous réserve plus d’une surprise. Elle ne saurait voir le monde et les affaires du monde des mêmes yeux que ses prédécesseurs, les papes rois, la dynastie pontificale reléguée, avec les dieux de marbre, au fond d’un palais malsain, n’ayant le choix qu’entre l’internement ou l’exil, condamnée à demeurer captive ou à se faire errante, et déjà redevenue mendiante. Que de fois le siècle n’avait-il pas répété que, en se laissant enrôler parmi les souverains terrestres, en attachant les clefs mystiques à un sceptre et en faisant porter devant elle les deux épées nues, symbole des deux pouvoirs, la papauté avait perdu l’esprit de l’évangile ! Le jugement était dur, et contre lui protestent bien des actes de l’Église romaine. N’importe, en cessant d’être puissance temporelle, la papauté est, en quelque façon, redevenue toute spirituelle. La matière a moins de prise sur elle ; elle ne tient pour ainsi dire plus à la terre ; ayant cessé de compter parmi les princes de ce monde, il lui est plus aisé de se