Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/847

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XVIIe siècle, chez La Fontaine lui-même, semble bien n’y être venu, déjà transformé, qu’à travers tout le travail de la Renaissance sur les mêmes sujets, en France et en Italie.

Reste la langue. Ici enfin nous pouvons accorder au moyen âge sa part, et cette part est assez large pour lui constituer un titre considérable dans les origines et l’histoire de notre comédie. Pendant des siècles, l’observation comique, impuissante à peindre des caractères et à créer des sujets, réussit du moins à trouver des mots justes et des façons de dire expressives, tout un langage énergique, vivant, coloré, qui alla toujours en se perfectionnant, — surtout en s’épurant des obscénités qui y tenaient une si large et si répugnante place, — jusqu’à ce qu’il fût recueilli par les comiques du XVIIe siècle ; nouveau par l’emploi qui en était fait et les idées qu’il revêtait, mais semblable à lui-même comme vocabulaire et comme syntaxe, persistant dans ses caractères généraux, assez riche et assez fort pour suffire à de grandes œuvres. La langue de Molière est vraiment la même que celle des anciennes farces, précisée, épurée surtout, mais formée des mêmes mots et des mêmes tours ; entre la façon dont s’expriment les personnages de Patelin et ceux du Bourgeois gentilhomme, il n’y a que des différences de degré et de tour, mais le fond est le même. A ce titre, s’il n’était d’ailleurs très intéressant pour l’histoire littéraire, le théâtre comique du moyen âge mériterait pleinement l’étude attentive dont il est l’objet ; il importerait même de pousser plus avant dans cette voie et de renoncer à une vaine exaltation littéraire, — tout en se défendant avec quelque dédain d’y voir de la littérature, — pour s’attacher surtout à marquer la manière dont s’est formé l’admirable instrument d’expression dont se servirent plus tard Scarron, Molière, Regnard, et qui, s’adaptant aux modifications de la langue et des mœurs, est toujours celui dont se servent encore nos auteurs dramatiques contemporains. En attendant, M. Petit de Jullleville nous présente pour la première fois le développement complet de cette littérature comique, avec une précision où les spécialistes n’ont qu’à louer, et un agrément auquel les simples lettrés sont très sensibles. Son livre fournit à ceux-là mêmes qui répugnent le plus à ses conclusions les meilleurs argumens dont ils ont besoin pour les combattre. Ainsi ses contradicteurs sont eux-mêmes ses obligés.


GUSTAVE LARROUMET.