Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/856

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prend les noms de monts d’Assam, monts de Patkoï, monts de Langtang, etc. Or de ces monts d’Assam et de Patkoï, et des monts Yunlin, se détachent vers le sud une série d’éperons qui donnent à cette région son caractère. Elles séparent la Birmanie, à gauche, de l’Inde et, à droite, de la Chine ; et d’autre part, leurs rangées doubles et triples de chaînes parallèles traversent dans sa longueur presque toute l’Indo-Chine et la divisent en autant de vallées par où les fleuves s’écoulent vers la mer. C’est de là que descendent tant de cours d’eau : le Kyendwen au Chindwin, l’Iraouaddy, le Sittang, la Salouen, le Mei-Nam, le Mékong ; et, plus loin vers l’est, les fleuves d’Annam et le célèbre Fleuve-Rouge.

Baignée par la mer, sillonnée de fleuves nombreux et la plupart navigables, enfermée dans un cercle de montagnes qui étaient à la fois une limite à son ambition et une protection contre l’ambition d’autrui, la Birmanie, riche de la fécondité de son sol et des trésors de son sous-sol, semblait destinée à vivre paisible et heureuse : diverses circonstances, du fait de la nature et du fait des hommes, en décidèrent autrement.

On peut dire de la Birmanie ce qu’on disait de l’Italie : c’est une expression géographique. Le domaine a été fait de morceaux rapprochés et la population de races associées par violence. La race birmane, proprement dite, est noyée parmi des tribus aux appellations les plus diverses, qui la dépassent notablement en nombre. Tandis que ces tribus, Karens, Kachens, Shans, etc., habitent la montagne, les Birmans occupent les plaines.

Ceux qui vivent dans les plaines, au pied des monts, ont l’humeur curieuse. Le rideau éternel qui les sépare du monde les irrite. L’au-delà les tente. Les montagnes de Birmanie qui partagent le pays en couloirs longitudinaux durent éveiller la curiosité des habitans. Cette curiosité pouvait trouver à se satisfaire. Ces montagnes, en effet, — témoin celles d’Aracan, qui s’en vont tomber à la mer pour se prolonger, à travers les îles Andaman et Nicobar, jusqu’à Sumatra et Java, — ne sont pas rigoureusement continues. Les espaces qu’elles limitent forment moins des vallées à la pente régulière qu’une série de plateaux se déroulant et s’abaissant par bonds successifs. Les plaines présentent ainsi des ressauts, et les monts qui les enserrent des fissures. Par ces fissures on peut passer d’un bassin à un autre. Les Birmans n’y manquèrent point.

Ils franchirent successivement tous les sommets, explorèrent toutes les vallées, soumettant les populations, et suivant les circonstances, les annexant ou leur imposant des redevances. Parmi elles, quelques-unes habitaient à l’ouest ou au nord-ouest : celles d’Assam, par exemple, séparées des Birmans par les monts Patkoï. Les Birmans, à maintes reprises, pénétrèrent sur