Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/867

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n’avait pas attendu pour le rendre d’être appelé en Birmanie, — c’est d’avoir, d’accord avec lord Dufferin, donné aux généraux sous ses ordres autant et même plus de troupes qu’il ne leur en fallait. Ce n’est pas qu’on n’ait commis, en plusieurs occasions, et jusqu’en 1890, la faute de dégarnir certains districts où l’insurrection était à peine réprimée. Toutefois, les erreurs de ce genre ne pouvaient être et ne furent en général que de peu de conséquence.

Pour l’expédition même, quelques milliers d’hommes avaient suffi. Au lendemain de la prise de Mandalay et de la capture du roi, on avait espéré pouvoir en rappeler une partie. Mais lord Dufferin, qui dès le jour où il entra en Birmanie eut une vision extraordinairement nette de ce qu’exigeait la situation, loin d’en diminuer, en augmenta le chiffre. Il restait, en effet, à marcher sur Bhamo, à poursuivre les dacoits, à occuper tout le pays ; l’occupation allait nécessiter de petits corps expéditionnaires, des colonnes volantes, des postes fixes. En conséquence, l’armée lut tout de suite portée à 11,000 hommes et un peu plus tard à 14,000 hommes. Vers le milieu de 1886, il y en avait en Haute-Birmanie 17,000 et dans la Basse-Birmanie 7,200. Et cela ne paraissait pas encore suffisant. « Il est évident, écrivait au conseil de l’Inde le général Roberts, d’après les dispositions qu’indique le général White, qu’il n’y a pas en Birmanie un homme de trop ; il me semble même que certains districts sont faiblement occupés. Il n’est pas possible à cette époque de l’année (30 juillet) d’envoyer des renforts ; mais j’insiste fortement pour qu’on prépare et des renforts et des transports, de façon qu’ils puissent arriver à Rangoon vers le 15 octobre, époque où le général White aura vu ses forces diminuer et par le fait de la guerre et par les maladies. »

Cela fut fait, quoique, par suite de la création de la police, les effectifs de l’armée régulière ne dussent jamais dépasser ni même atteindre les chiffres de 1886. En avril 1887, on comptait en Birmanie Haute et Basse 20,000 hommes de troupes actives ; un peu plus tard, on en comptait 22,600 : 10,700 Anglais et 11,900 Indiens ; à quoi il faut ajouter des forces auxiliaires importantes. Cela entraînait un mouvement extraordinaire des troupes. Il fallait, en effet, à chaque instant, rapatrier les unités les plus éprouvées, transporter les volontaires qu’on engageait pour la police, et combler les vides trop fréquens qui se produisaient parmi les officiers de grade moyen, obligés trop souvent de payer de leur personne. Mais nul sacrifice n’arrêta ni l’armée, ni le gouvernement de l’Inde. Ils redoutaient par-dessus tout, — sans néanmoins y avoir toujours échappé, — des réductions d’effectifs prématurées qui pouvaient avoir un double effet : amener les indigènes à douter de la permanence de l’occupation anglaise et ainsi affermir leur