Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/872

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vastes pour que nul de ceux qui légalement leur sont soumis n’ait la possibilité ni même la tentation de discuter ces pouvoirs, encore moins d’y résister. A Hong-Kong, par exemple, le gouverneur, — gouverneur civil, — est le chef de toutes les autorités civiles, et militaires, le commandant de toutes les troupes ; et, comme il advient fréquemment que le voisinage de la station navale de Chine amène dans l’île un officier supérieur ou général, ce même gouverneur a, dans la marine, un rang qui le met de pair avec le plus élevé : il est de droit vice-amiral. Dans l’Inde, également, le vice-roi en conseil, représentant de la reine, commande aux autorités de toute nature, soit civiles, soit militaires, et le général en chef de l’armée de l’Inde n’est devant lui qu’un chef de service qu’il admet seulement par courtoisie et par intérêt à discuter ses vues. Dans ces conditions, les rivalités qu’inspire l’esprit de corps ne peuvent pas devenir bien préjudiciables : le vice-roi, chef suprême des officiers et des fonctionnaires, a les moyens de les arrêter et de les prévenir. J’ajoute que sa tâche est assez facile avec des officiers pénétrés de l’esprit de gouvernement, comme le sont presque tous les Anglo-Saxons, et avec des fonctionnaires civils, comme les fonctionnaires anglais, d’une respectabilité et d’un mérite qui imposent.

Pour pacifier un pays, il semble qu’il faille recourir aux moyens pacifiques. Cette énonciation parait naïve ; cependant, il n’y a pas longtemps qu’elle est acceptée des gouvernemens. Ils ont eu longtemps et peut-être gardent-ils encore une secrète tendresse pour les moyens répressifs. Cela s’explique : les premiers agens de la pacification sont les agens mêmes de la conquête. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui tous les vainqueurs cherchent à se faire accepter des vaincus à force de modération et de bienveillance. Et les Anglais n’y ont pas manqué en Birmanie.

Leur tâche était difficile. Elle l’eût été pour tout le monde, elle l’était surtout pour eux. Leur point d’appui habituel leur faisait défaut. Dans leurs conquêtes, en effet, ils ont toujours cherché à s’appuyer sur une aristocratie, sur les princes, sur les pouvoirs religieux, sur les gouvernemens. Or la Birmanie, — je le dirai plus loin avec quelques détails, — ne possède d’aristocratie d’aucune sorte et elle n’avait plus de gouvernement. Les Anglais ne rencontraient donc devant eux qu’une population éparse, non cohérente et difficile à se concilier.

C’est un axiome, ou du moins, on admet comme un axiome que les peuples d’Orient sont affamés de justice. Quiconque leur apporte ce souverain bien est sûr de s’en faire bien venir. C’était là, à ce qu’il semble, un atout magnifique dans le jeu des Anglais. Ils ont, en effet (et avec eux tous les Anglo-Saxons), le culte de la