Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/910

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Une province à refaire avait besoin d’artisans spéciaux pour telle ou telle besogne. Il fallait partout des ouvriers de bâtiment : charpentiers, maçons, couvreurs, menuisiers, vitriers ; ici des meuniers, ailleurs de bons directeurs d’exploitation agricole, ou bien des valets de charrue, ou bien des bergers et des vachers. Le roi les prenait dans ses pays d’Allemagne. Il a remarqué, dans un voyage en Lithuanie, que les paysans ne savent pas soigner les vaches et s’est rappelé qu’il a vu dans le pays de Magdebourg d’excellens vachers : ordre au président de la chambre de cette province d’expédier trois pâtres de vaches, connaissant bien le bétail et capables de le soigner. La conclusion de ces ordres était toujours la même, qu’il s’agît de trois vachers, ou de trois directeurs d’exploitation, ou de cinquante valets de charrue, ou de cinquante servantes, ou de quatre cents jardiniers : les présidons des chambres devaient procéder par voies de persuasion envers « les gens exigés pour la Prusse, » mais, s’ils ne se laissaient pas persuader, les lever, anfheben, et les envoyer sous escorte au lieu désigné. Le plus souvent, il fallait user de la force ; les volontaires de la transportation étaient rares, à l’étonnement du roi qui disait : « Puisque ces gens-là sont nécessaires où on les demande, je ne parviens pas à découvrir les raisons qui les empêchent d’y aller. »

Sur toute l’étendue de la province, on bâtit, ou plutôt le roi bâtit ; c’est lui qui donne avec le dernier détail les plans des villes, des villages, des maisons, des jardins, et qui choisit les sortes de culture selon les terroirs. Il interdit les grossiers instrumens agricoles, comme la houe ou la meule à la main, et fait fabriquer des charrues et construire des moulins. Les naturels de Prusse ne savent même pas lier leurs gerbes ; ils y emploient la paille fraîchement coupée ; il leur adresse une instruction sur la matière. Il choisit pour leurs troupeaux de bons reproducteurs, les boucs de Kottbus, qui sont vigoureux et portent la meilleure laine. Les cantons de Lithuanie sont riches en prairies naturelles : il y établit en grand l’élève du cheval afin que ses sujets ne soient plus obligés d’acheter à l’étranger des chevaux de labour. Il fait défricher les broussailles et il ordonne, en grand toujours, des plantations d’arbres : en deux années, 335,219 arbres, dont 120,875 fruitiers, ont été plantés ; il n’est pas satisfait : « Le pays est grand ; doivent encore planter autant d’arbres ! » La Prusse est surtout un pays agricole ; pour y introduire l’industrie, il commande que toute la laine du pays soit ouvrée dans le pays. Comme il a vu les femmes de Kœnigsberg flâner dans les rues, il fonde une école de filerie à leur usage. De bonnes fileuses seront envoyées dans les