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léité de défaillance, voilà quelle a été la physionomie de cette partie du marché depuis le 15 courant.

Le 14, le 3 pour 100 était à 95.80 ; le surlendemain, un coupon trimestriel était détaché, et le prix de la rente ressortait à 95.05. C’est exactement le niveau auquel nous la retrouvons à la fin du mois, après une petite excursion en hausse jusqu’à 95.35 et une réaction passagère à 94.97.

Les raisons d’ordre politique ont été tout à fait sans action sur le marché. Le public financier ne s’est préoccupé ni de l’incident de Bulgarie, ni de la discussion du tarif des douanes, ni de l’envoi tardif du budget au sénat et de la nécessité, qui en est résultée, du vote d’un douzième provisoire, le budget ne pouvant être prêt le 31 décembre.

La Banque d’Angleterre a maintenu le taux de son escompte à 3 1/2 pour 100. L’argent s’est un peu resserré les derniers jours, mais dans une trop faible mesure pour que les transactions en aient subi une gêne réelle. Les affaires se sont ralenties partout, à Londres comme à Berlin, à Francfort et à Vienne ; chez nous, les opérations d’arbitrage ont été entravées par les bruits qui ont couru relativement aux intentions de la compagnie des agens de change de Paris à l’égard de la coulisse. Cette manifestation d’intentions hostiles s’est surtout produite au moment de l’élection du nouveau syndic des agens de change, M. Herbault, choisi en remplacement de M. Hart. Il est vraisemblable que la tempête, un instant menaçante, ne se déchaînera pas, que les difficultés seront accommodées et qu’un modus vivendi tolérable laissera fonctionner côte à côte le marché officiel et le marché libre.

Il est assez curieux d’observer qu’il y a juste un an, fin 1890, le 3 pour 100 français était exactement au même cours qu’en ce moment, 95 francs environ. L’amortissable valait 96.30, et le k 1/2 104.32. Aujourd’hui, l’amortissable est à 96.40, et le 4 1/2 à 105 fr. C’est donc ce dernier fonds, condamné d’ailleurs à une mort prochaine par la conversion, qui a été le plus favorisé en 1891.

Aujourd’hui l’argent est facile, abondant, bon marché. À la fin de décembre 1890, il était très cher et les taux de report subirent une tension extraordinaire. La place de Paris était toute aux préparatifs de l’émission qui allait avoir lieu du grand emprunt national de 870 millions de francs. On sait quel succès a eu cette opération. Depuis l’émission, le nouveau fonds s’est cependant toujours tenu au-dessous du cours normal que lui assignerait la comparaison avec les prix de la rente ancienne. L’écart est d’une unité environ en sa défaveur. Les raisons de ce phénomène sont : un classement encore insuffisant et le fait que l’emprunt est en cours de versement et que nombre de porteurs préfèrent payer un peu plus cher et posséder un titre entièrement libéré. L’avant-dernier versement sur l’emprunt devra être