Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 111.djvu/955

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lui aussi, vient de célébrer, non pas ses noces d’or, mais l’anniversaire de son couronnement comme roi de Hongrie ou plutôt l’anniversaire de la réconciliation des Habsbourg avec les Magyars par la résurrection d’une semi-indépendance hongroise. Toutes les vieilles et féodales magnificences magyares se sont réveillées à Buda-Pesth pour célébrer le libéral anniversaire. Que d’événemens s’étaient accomplis avant la révolution qui rendait, il y a vingt-cinq ans, la vie nationale à la Hongrie ! Ce qui se passait en 1867 ouvrait une ère nouvelle, et qui sait si la paix qui a régné depuis ne décidera pas l’empereur François-Joseph à pacifier aussi la Bohême en mettant sur son front la couronne de saint Wenceslas avec la couronne de saint Etienne ? Certes, ce sont là des fêtes, des anniversaires qui ont leur intérêt, même un intérêt politique ; mais ils pâlissent un peu devant cet autre incident qui a éclaté pour ainsi dire ces derniers jours, — la visite du tsar à l’empereur Guillaume II à Kiel.

Par elle-même, cette entrevue impériale si souvent annoncée, si souvent démentie et définitivement réalisée aujourd’hui, n’a sans doute rien d’extraordinaire. L’empereur Alexandre III a reçu il y a deux ans la visite de l’empereur Guillaume à Narva, il lui rend sa visite à Kiel. C’est l’acte d’un souverain qui met autant de mesure et de calcul que de correction dans tout ce qu’il fait, qui agit à son heure, avec une pleine possession de lui-même. Au fond, cette entrevue n’a une certaine importance que par les circonstances dans lesquelles elle s’est produite, parce qu’elle a coïncidé avec l’apparition du grand-duc Constantin à Nancy. Entre les deux visites il y a évidemment un rapport intime. Il est bien clair que l’empereur Alexandre a eu son intention. En allant à Kiel, où il n’a pas fait d’ailleurs un long séjour, il a voulu prouver qu’il entendait sauvegarder ses relations avec l’Allemagne, maintenir les conditions et les garanties de la paix universelle dont il se croit, non sans raison, un peu l’arbitre. En envoyant le grand-duc Constantin à Nancy, il a voulu prouver que son voyage à Kiel ne changeait rien à sa politique, qu’il restait le souverain tout-puissant et cordial pour la France, qu’il entendait, en un mot, maintenir la tradition de Cronstadt. Au fond, c’est toute la question. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est l’espèce d’ahurissement où sont tombés les journaux allemands et anglais devant cette double visite. Ils admettaient Kiel, ils étaient prêts à en triompher ; Nancy les a déconcertés. La vérité est que rien n’est changé et que, si la triple alliance vit toujours, elle a toujours aussi devant elle un ensemble d’intérêts et de forces qui peuvent se faire respecter.

Soit donc ! Que les souverains se visitent ou fêtent leurs anniversaires, tandis que le président de la République française a ses ovations à Nancy, rien de plus simple sans doute. Les fêtes peuvent être quelquefois de la politique, elles ne sont pas toute la politique, et