Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/157

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de Narbonne, « qui fait des vers sur-le-champ et réponse sur l’heure à ceux qu’on lui écrit. » D’autres sont aussi fécondes épistolières que Balzac et Voiture, non par nécessité d’affection, comme Mme de Sévigné, mais pour le seul plaisir d’écrire ; ainsi Mme l’abbesse d’Espagne, qui « a un fort grand commerce de lettres en plusieurs provinces. » Mlle Castera, de Toulouse, en écrit aussi beaucoup, mais elle préfère encore en lire, « et, comme c’est, à son goût, le plaisir le plus sensible qu’elle puisse recevoir, elle se le procure par l’ouverture de toutes celles qui passent par ses mains, et elle les referme avec tant d’adresse qu’il est impossible de s’en apercevoir. » Il va sans dire qu’elles produisent en quantité les petits vers, les billets doux et les portraits.

Pour les sciences, c’est pis encore. Molière n’exagère pas lorsque, dans les Femmes savantes, il nous montre Philaminte installant dans son grenier « une longue lunette à faire peur aux gens, » et encombrant sa maison de « brimborions dont l’aspect importune. » C’était alors la mode pour les femmes de faire de l’astronomie et de l’astrologie, de la chimie et de l’alchimie. Une Mme de Gaudeville, dans Somaize, « apprend la philosophie et elle a un maître qui vient tous les jours lui enseigner, comme aussi pour les mathématiques, pour la magie blanche, pour la chiromancie, la physiognomonie, le droit ; et, pour chaque chose, elle a une personne différente qui lui montre. » Quant à Mlle Chataignières, « les sciences dont elle fait le plus d’état sont celles de dire la bonne aventure, de connaître dans la main, de faire l’horoscope, et surtout de la chimie (elle a des fourneaux dans sa maison à ce dessein), et travailler perpétuellement à la pierre philosophale. » Mlle Petit va plus loin ; elle aussi « possède fort bien les mathématiques, » mais « l’on peut même dire qu’elle feroit aussi bien un coup d’épée qu’un homme. » Pour rassurer son lecteur, Somaize s’empresse d’ajouter : « Cela n’empêche pas qu’avec cette humeur martiale, elle n’ait l’agrément, la douceur et la civilité attachée à son sexe. »

Un autre passe-temps, peu littéraire celui-là, auquel les précieuses se livrent avec une prédilection marquée, c’est le jeu, ce fléau de la société du XVIIe siècle. Somaize en cite un très grand nombre qui ont toujours les cartes ou le cornet à la main. Ainsi, Mlle de Neuville, Mme de Launay, Mme Salo, dont « la maison est considérable parce que l’on y joue beaucoup, » Mme de Lescalle, de Dijon, « la femme de France qui a le plus de passion pour le jeu, aussi bien que son mari. »

Ainsi, galanterie souvent poussée très loin, visites, réceptions, jeu, telles étaient les occupations favorites des précieuses. On ne s’étonnera point que tous les maris de ces dames ne fussent pas