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LES PHOSPHATES DANS L’AGRICULTURE


plique l’expression pittoresque de tête chauve de la France, une partie des Vosges, manquent de phosphore. Aussi quelles maigres récoltes, quelle population chétive et misérable !

Introduisez le phosphore dans ces terres déshéritées, vous transformez celles-ci d’une manière complète, et cela dans l’espace de peu d’années. Là où de maigres récoltes de seigle ou de sarrasin donnaient à la population une nourriture grossière et insuffisante, on peut alors cultiver le blé, qui, en procurant une alimentation plus substantielle, augmente le bien-être ; l’avoine, qui, vendue sur les marchés, apporte de l’aisance dans la ferme. Dans ces mêmes régions, les prairies qui ne donnaient que des herbes grossières, des joncs, des carex, constituant plutôt une mauvaise litière qu’un bon fourrage, sont modifiées par l’apport des phosphates, qui y font pousser les graminées tendres et aromatiques, les légumineuses savoureuses et nutritives. Les vastes landes de la Bretagne, où les phosphates font merveille, sont là pour attester l’efficacité de cette matière fertilisante, la rapidité de son action, la modification qu’elle peut faire subir à l’aspect et à la prospérité d’un pays.

Mais si les régions que l’absence de phosphore condamne à la stérilité couvrent de vastes surfaces, bien autrement étendues sont celles où il existe en quantité appréciable, mais cependant encore insuffisante. Là, l’agriculture, quoique plus prospère, est réduite à ces rendemens, dits moyens, qui ne paient que péniblement le travail du laboureur. L’intervention des phosphates dans ces terres de fertilité moyenne permet d’atteindre les récoltes abondantes, qui sont aujourd’hui la condition essentielle de la prospérité agricole. Demandez aux cultivateurs de la Brie et du Nord ce que seraient leurs récoltes de blé et de betteraves sucrières s’ils supprimaient l’emploi des phosphates.

Bien limités, au contraire, sont les sols privilégiés dont on peut dire qu’ils sont suffisamment pourvus de phosphore, au point que l’apport de ce principe fertilisant leur soit inutile. Des alluvions profondes, des terres d’origine volcanique sont souvent dans ce cas. Heureux ceux qui les cultivent ! Ils subissent moins vivement les effets de la crise agricole.

La contenance du sol en phosphore est donc le facteur le plus important de la fertilité. Mais, à côté du phosphate, doivent se trouver les autres élémens fertilisans : l’azote, la potasse, la chaux. Ce n’est que dans les cas où tous ces élémens sont réunis en proportions convenables qu’un sol est doué de toute sa fertilité.

Nous savons aujourd’hui, grâce aux beaux travaux de M. de Gasparin et de M. E. Risler, quel est le rapport entre la teneur