Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/238

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Seize nations étaient représentées à Zurich, depuis l’Allemagne qui avait 154 délégués et la Suisse qui en avait 100, jusqu’à la Russie, la Norvège et l’Australie, qui n’en avaient qu’un chacune. La France, sans les élections, aurait eu une représentation aussi forte que celle de l’Allemagne ; la plupart de nos agitateurs notables étant retenus dans leurs circonscriptions respectives, 38 seulement de nos compatriotes, se réclamant de la fédération des bourses du travail et autres associations analogues, tenaient le drapeau rouge français. Ils ne paraissent pas avoir fait grande figure à la Tonhalle de Zurich. Dans ces délibérations, d’une nature purement spéculative pour la plupart, ce sont les Anglais qui ont introduit quelque ordre ; sans eux, l’assemblée aurait peut-être passé à se vérifier et à s’épurer, les six jours qu’elle avait consacré à refaire le monde. Comme l’a dit un délégué de bon gens, dans la dernière séance, « nous employons à discuter si nous devons discuter plus de temps qu’il ne nous en faudrait pour mener le débat à bout. »

Le congrès a fini par voter ce qu’il a appelé des résolutions, qui ne sont, en réalité, que des déclarations de principes, puisque la fixation du taux des salaires, par exemple, qui était le plus cher de ses vœux, non-seulement lui échappe, mais échappe même à toutes les puissances humaines. Aucune question n’a d’ailleurs été serrée d’un peu près : pour la protection des ouvrières, les congressistes ont adopté la formule suivante : à travail égal, salaire égal. Cela voulait-il dire, dans leur pensée, que le salaire des hommes devrait être réduit au profit de celui des femmes, qui serait augmenté de façon à obtenir un nivellement ; ou bien que le salaire féminin serait, purement et simplement, porté au chiffre du salaire masculin ? Et qui donc paiera la différence ? Les ouvriers paraissent ignorer que ce sont eux-mêmes qui, par les mains de leurs patrons réciproques, se paient les uns aux autres leurs salaires, compris dans la valeur des objets qu’ils consomment. La consommation des pauvres étant infiniment plus grande que la consommation des riches, parce qu’ils sont infiniment plus nombreux, l’élévation factice des salaires, même si elle était possible, correspondrait aussitôt à une élévation du prix de la vie pour les ouvriers, et, par conséquent, ne leur servirait à rien.

Ce groupe de travailleurs, qui s’escriment contre le capital et qui rêvent de tuer leur poule aux œufs d’or, ignorent que c’est au contraire par l’extension de ce capitalisme qui se développe chaque jour et chaque jour se démocratise, qu’ont été obtenues la plupart des améliorations sociales dont ce siècle s’honore, et que le siècle suivant obtiendra, par le même moyen, dans l’avenir, beaucoup de celles qui sont encore dans le domaine des espérances.

Les meneurs socialistes, qui prêchaient l’union internationale du