Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/531

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


rupture officielle des relations entre le Vatican et le Quirinal et parce que l’occupation de Rome par le roi d’Italie crée une situation violente qui lui ôte tout droit vis-à-vis du Saint-Siège.

Le nombre des cardinaux a varié, mais toujours en augmentant, depuis la fondation du Sacré-Collège. Du XIIIe au XVe siècle, il y eut de dix à vingt cardinaux. Sixte-Quint, au XVIe siècle, en fixa le nombre à soixante-dix — en mémoire, dit-on, des soixante-dix vieillards qui assistaient Moïse, — et soixante-dix est demeuré le chiffre du plenum. Cette constante augmentation du nombre des cardinaux n’est pas, on le pense bien, un effet de la fantaisie ou de la faveur des papes ; elle a, elle aussi, sa raison dans les faits, et le fait qui l’explique est tout simplement que, du XIIIe siècle à la fin du XVIe, la papauté s’est, comme on l’a dit, internationalisée. Son caractère universel s’est affirmé, marqué de plus en plus. Il n’est pas jusqu’au schisme d’Occident au XIVe siècle, jusqu’à la Réforme, au XVIe, qui n’aient en quelque façon souligné et comme dégagé ce caractère de catholicité, d’universalité. Et de même que c’est surtout par la guerre que les Etats ordinaires arrivent à constituer leur unité, de même le schisme et la Réforme, ces deux guerres théologiques, ont contribué à fortifier, à développer, en la rendant plus nécessaire, l’unité de l’Eglise romaine, dans le dogme, la morale et la discipline. Les affaires de Rome sont de plus en plus devenues des affaires du monde et les affaires du monde, de plus en plus des affaires romaines. Et, comme l’assemblée diocésaine qui autrefois élisait l’évêque de Rome ne suffisait plus pour élire le pape, tout de même, les bureaux diocésains qui pourvoyaient jadis à l’expédition des affaires de l’Eglise de Rome, n’ont plus suffi à l’expédition des affaires de cette Eglise, étendue progressivement aux différentes parties de l’univers peu à peu connu ; car plusieurs siècles durant, toute conquête de l’Europe hors d’Europe a été en même temps une conquête de l’Eglise.

Alors, il a fallu que l’Eglise se forgeât un outil, qu’elle s’ajustât une machine de gouvernement, mieux en rapport avec la tâche qui lui incombait à l’avenir. Ce fut l’œuvre de Sixte-Quint et c’est pourquoi furent créées ces charges pontificales remplies par des cardinaux, ces congrégations et ces chancelleries dont un cardinal est la tête et l’âme, qui décidaient, administraient, jugeaient au temporel et au spirituel ; c’est pourquoi fut institué ce consistoire mensuel des cardinaux : qui a été comme le Conseil d’Etat des papes. Le Sacré-Collège qui ne cessait de s’accroître en nombre n’a pas cessé non plus de grandir en honneurs et en prérogatives. Dès le concile de Lyon en 1243, Innocent IV avait donné aux cardinaux le chapeau rouge ; Boniface VIII leur avait donné la robe