Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/901

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petite amazone aux cheveux flottans se détacher en noir sur le fond de pourpre, et j’éprouve ce sentiment triste et doux qui m’est revenu plus d’une fois pendant mon long voyage rempli de nouveaux visages et de sites nouveaux, le sentiment de rompre un lien à peine formé, de quitter trop vite des gens ou des choses que j’étais bien près d’aimer, que je ne reverrai plus.

Autre promenade jusqu’à Knoxville dans un paysage plus beau, l’immense mer de la prairie étant plus rolling, plus houleuse. On me fait remarquer que partout où existent des bois un creek coule sous le feuillage qui accompagne et révèle ses sinuosités. En cette saison d’automne les creeks sont de simples ruisseaux, mais l’hiver ils débordent jusque sur les routes. Quelquefois l’éternelle fence est remplacée par des haies où l’orange osage se suspend pareille à un gros peloton de laine verte qui jaunira bientôt. Rntre les bouquets de chênes et d’érables apparaît de temps en temps une maison de bois peint, une ferme, puis on franchit de longs espaces sans voir autre chose qu’une grange isolée au bord du chemin, ou encore une espèce de grande cabane toute seule aussi derrière sa palissade. J’en reverrai de semblables partout de deux milles en deux milles. C’est une école soutenue par les fermiers du voisinage qui, loin des villes, n’ont que ce moyen de faire instruire leurs enfans.

Knoxville, petite ville morte, quoiqu’elle ne soit pas vieille de beaucoup plus d’un demi-siècle, s’obstine à garder l’air important avec les deux ou trois édifices prétentieux, à frontons triangulaires, qui décorent sa place principale. L’un d’eux logea naguère le tribunal transporté depuis à Galesburg. La lutte fut vive entre les deux villes et les habitans de Galesburg vous diront pourquoi elle s’est terminée à leur avantage : Knoxville était peuplée à l’origine de gens du Sud, tandis que sa rivale a été fondée par des puritains du Nord ; ce fut, à les en croire, le triomphe inévitable de toutes les qualités qui recommandent une forte race. Le fait d’être située sur la ligne principale des deux plus grands chemins de fer de l’Ouest, le Burlington et le Santa Fé, qui permettent d’y arriver de toutes les parties du pays, ne nuit peut-être par non plus à Galesburg. Quoi qu’il en soit, Knoxville sommeille à l’ombre de ses grands arbres, blanche et nette, avec de larges rues plantées et une magnifique école de garçons fondée par l’église épiscopale. Sous le même patronage s’est élevé à peu de distance, dans la campagne, un non moins monumental Institut de jeunes filles. Sainte-Mary, c’est son nom, me ferait penser à un couvent d’Europe, si le hasard ne m’y amenait à