Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/327

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que les occasions leur aient manqué, soit qu’ils n’aient pas trouvé d’abord leur voie, aucun n’a donné sa mesure complète, ni même de réelles promesses dans ses premières œuvres. Ils ont été longtemps des copistes, sans paraître se douter qu’ils valaient mieux que leurs modèles, et c’est à peine s’ils ont eu conscience de leur originalité avant que le public la découvrit. C’est une histoire presque douloureuse que celle de ces autodidactes du monde théâtral, mais elle est très instructive et très humaine. On y voit la volonté entraîner l’intelligence derrière elle, la recherche par le tâtonnement précéder la science, l’effort créer le talent. Et, dans ce voyage ardu, ils ne sont qu’à la moitié du chemin.

Voilà le point commun entre eux. Mais leur tempérament et leur idéal sont différons, et chaque jour ajoute à cette différence. Par lequel commencer ? Evidemment par celui qui tient le plus au passé, par celui qui se rattache — beaucoup par ses origines et un peu par ses tendances — à l’école de Robertson et à l’imitation française, par Sydney Grundy.

Si je ne me trompe, sa première pièce date de 1872. De loin en loin, pendant les années qui suivirent, il a fait jouer çà et là un petit acte, et, très souvent, il a dû se contenter d’un théâtre de province. Deux choses l’ont tiré de l’obscurité : un démêlé avec la censure et le succès très vif d’une farce en trois actes, The Snowball. Dans le premier cas, il s’agissait d’une adaptation de la Petite Marquise qu’il avait écrite en collaboration avec Joseph Mackayers. A mon avis, Epictète et Marc-Aurèle n’ont rien de plus franchement moral que la Petite Marquise. C’est, — avec de grandes licences dans le traitement, — la pièce la plus propre à détourner une honnête femme de l’adultère. Par malheur, cette morale est la morale de l’abstention et du dégoût ; on n’est apte à la comprendre et à l’appliquer qu’à l’âge où les passions ont perdu de leur feu ou de leur venin. C’est pourquoi, toute line et toute probante qu’elle soit, elle ne sert à rien qu’au divertissement des philosophes. Le censeur anglais ne vit pas ou ne voulut pas voir la leçon ; il ne vit que les postures et les expressions, qui l’alarmèrent. Il avait laissé passer la Petite Marquise en français dans toute sa liberté originelle ; il lui refusa l’estampille alors qu’elle se présentait fort décemment rhabillée par deux de ses compatriotes. M. Sydney Grundy cria très fort, et peut-être un peu plus fort qu’il ne fallait. Il avait raison, mais on aurait souhaité qu’il eût raison avec moins de colère et de passions Quoi qu’il en soit, il avait appris son nom à bien des gens qui ne l’oublièrent plus.

The Snowball, c’est Oscar ou le Mari qui trompe sa femme. L’originalité de M. Sydney Grundy consistait à avoir introduit