Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/494

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cri de tous poussé à la fois ne laisse plus entendre que ces mots : « Ton scélérat de Barras va périr, et toi aussi. » Ce cri retentissant est poussé plus haut que par tous par l’un des inspecteurs, Bourdon de l’Oise, homme roux, aussi violent que robuste. Il s’avance le poing sous le nez, menaçant le général Verdière qui essaye en vain de prononcer le premier mot de l’ordre du Directoire dont il est porteur. Il recule, toute sa suite militaire recule avec lui. Les inspecteurs les jettent jusqu’en bas de l’escalier, et voilà leur porte fermée et le général Verdière descendu avec les. siens. Que va-t-il devenir vis-à-vis d’Augereau et du Directoire qui lui ont donné leur confiance ? « Vaincre ou périr, mon général : il faut emporter la place et les hommes », dit. à Verdière son aide de camp, homme de tête et de cœur plus que son chef. A la voix de son aide de camp, Verdière remonte avec les siens. On frappe ; on est obligé d’enfoncer la porte, que les inspecteurs avaient barricadée. On arrive à eux, on leur porte la main au collet : une lutte s’engage, ils succombent au nombre, on les attache, et on les jette dans des fiacres pour les mener au Temple.

Parmi les inspecteurs était Pichegru, qui, d’abord ayant fait de la résistance, avait fini par reconnaître qu’elle était inutile, et se résignait. Au nombre des exécuteurs d’ordre se trouvait un général Pincot, général réformé, et qui, sans mission et comme amateur, avait de lui-même repris de l’activité pour cette journée. Apercevant Pichegru dont il était l’ennemi personnel, Pincot prend le fusil armé de sa baïonnette de l’un des soldats : il est au moment d’en percer Pichegru, lorsque celui-ci, saisissant l’arme et s’emparant de la baïonnette, la ploie en deux d’une main vigoureuse, ne pouvant la briser, et, après l’avoir mise hors de combat, la rend dédaigneusement au soldat à qui elle appartenait.

On se rend au Temple. Le greffier, voyant arriver cette suite de voitures si matinales, et qui amenaient des députés, c’est-à-dire autant d’hommes inviolables d’après la loi constitutionnelle, le greffier avait pris la fuite, et il ne se trouvait personne pour inscrire les arrivans au registre d’écrou. Ils étaient là dans la cour, attendant un greffier, lorsque, à son défaut, l’aide de camp de Verdière fut obligé de prendre la plume et de faire lui-même les écrous.

Pichegru en particulier témoigna à cet aide de camp combien il était touché de ses procédés honnêtes. Il le pria de recevoir en témoignage de souvenir ce qui lui restait : c’étaient les pistolets qu’il avait dans sa poche, et qu’on n’avait pas songé à lui retirer. C’étaient les pistolets d’honneur de la manu facture de Versailles. qu’il avait reçus du Directoire lui-même, en témoignage de sa belle conduite à la tête des armées de la République. Pichegru