Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/627

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formé à la faveur de l’oxygène dissous dans l’eau ; elle tombe en nappe dans un conduit large et peu profond, où le fer peroxyde par l’oxygène de l’air se dépose à l’état d’hydrate ferrique, en entraînant une partie de la matière organique. Elle passe de là dans un bassin où elle se filtre en traversant des couches de sable. Après ce traitement, la proportion des élémens minéraux n’a pas changé : la matière organique a notablement diminué, les micro-organismes également, mais ceux qui restent sont de même nature, et ce mode de filtration ne fait pas disparaître plus radicalement que les autres les germes des maladies infectieuses. Il produit, toutefois, une amélioration notable, et la Compagnie des eaux de Paris vient de l’adopter pour l’alimentation de la banlieue Nord-Ouest qui n’avait bu jusqu’ici que de l’eau de Seine prise au pont de Sèvres. Ce système fonctionne depuis le 1er janvier 1896.

Le Conseil municipal, dans sa séance du 11 avril dernier, vient également de voter un crédit de 550 000 francs pour établir, à l’usine de Saint-Maur, des bassins de décantation et de filtration pouvant produire 20 000 mètres cubes d’eau par jour, afin de pouvoir donner à la population de l’eau de rivière rendue potable, lorsque les sources ne suffisent pas à la consommation, par suite de sécheresses prolongées ou d’accidens survenus dans les conduites. Le rendement quotidien des trois sources dont le service des eaux dispose aujourd’hui ne dépasse pas, pendant l’été, 220 000 mètres cubes, ce qui ne constitue qu’un excédent de 20 000 mètres cubes sur la consommation ordinaire. On se trouve donc à court, lorsque celle-ci vient à augmenter tout à coup, pour peu que la situation se prolonge. La dérivation des sources du Loing et du Lunain viendra, dans l’avenir, ajouter à notre approvisionnement quotidien 50 000 mètres cubes d’une eau excellente ; mais, bien que les crédits soient votés, il y a encore nombre de formalités à remplir. Il faut d’abord qu’une loi d’utilité publique vienne autoriser ces travaux ; ceux-ci, d’après les évaluations les plus modérées, ne dureront pas moins de trois ans et on ne compte pas sur cette augmentation de ressources avant l’année 1899. Ce sera pour le siècle prochain. Le conseil municipal a donc fait acte de prudence, en décidant la création de bassins filtrans, pour suppléer à l’insuffisance des eaux de source lorsqu’elle viendra à se produire de nouveau. L’eau épurée de cette façon vaudra toujours mieux que celle qu’on a fait boire au mois de septembre de l’an dernier à quelques arrondissemens.

On voit, d’après tout ce qui précède, qu’il n’y a pas en France une ville sur trois qui délivre à ses habitans une eau assez pure pour qu’ils puissent la boire telle qu’elle leur est donnée.