Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/864

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le mariage, comme une tare chez l’homme tout autant que chez la femme.

Sa sœur, toute en dehors, insouciante et positive, semble émancipée dès l’enfance. Elle sait tout, ou affecte au moins de tout savoir, voulant qu’on discute tout devant elle et prétendant se moquer des convenances, de la religion, des sentimens et de l’idéal. Rien dans son apparence ou dans ses vêtemens ne la distingue de sa sœur. Elle ne porte pas, comme les jeunes filles de sa sorte, des cheveux courts, ni des jupons plus courts encore, pour imiter les allures et les vêtemens de l’homme. Ses toilettes sont simples, ses attitudes aussi. Tout au plus se coiffe-t-elle quelquefois de la petite casquette des étudians d’Upsal, en velours blanc, à cocarde bleue et jaune ; encore est-ce pour montrer qu’elle a passé son baccalauréat à l’Université, et pourrait être étudiante si elle le voulait. Mais elle ne fait pas étalage de son savoir, tout en discutant Darwin et Stuart Mill, la sélection naturelle et le rôle social de la femme, avec une tranquillité et une franchise imperturbables. D’un caractère très indépendant, elle traite les hommes en camarades, sans jamais permettre qu’on oublie un instant le respect qu’on lui doit. Elle est surtout préoccupée de sa liberté personnelle, de son « développement individuel. » Elle se ferait télégraphiste, employée des postes, commis dans une banque ou journaliste, plutôt que de sacrifier la moindre parcelle de cette liberté, plutôt que de renoncera « l’intégrité de son moi. »

Mais, au lieu de tout cela, elle se marie, et devient pour son mari la meilleure des femmes. Son mari, un gouverneur de province, la consulte volontiers pour la rédaction de ses rapports, de ses discours aux concours agricoles : il est trop heureux d’avoir épousé une femme aussi intellectuelle.

Nous faisons connaissance avec ces deux jeunes filles, d’abord, dans Un Bal dans le monde. Nous les retrouvons plus tard dans Un Ange sauveur. Arla est amoureuse. Elle aime comme aiment les femmes de cette trempe. Sa sœur lui fait connaître la « bassesse morale » de son fiancé, ses amours antérieures, comme ses flirtages actuels. C’est « l’ange sauveur » qui arrive à temps pour lui ouvrir les yeux, pour lui éviter l’humiliation d’aimer et d’épouser un tel homme. Il est vrai qu’elle lui brise en même temps le cœur.

Un troisième roman : En guerre avec la société, nous fait assister aux suites tragiques de cette catastrophe morale. Par devoir et résignation, Arla a épousé un vieil ami de la famille, Otto Œrn, chef d’expédition au ministère de la Justice. Dix ans