Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/714

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de Dante, la tenait au courant de la littérature allemande.

Mais le principal collaborateur de la Biblioteca Italiana, celui qui a le plus contribué à lui donner la signification et l’importance qu’elle a eues, c’était, comme nous l’avons dit, Acerbi lui-même. En plus de nombreux articles sur les sujets les plus divers, littérature, musique, archéologie, sciences naturelles, il y a publié, de 1817 à 1826, une série de neuf grandes études, chacune occupant une livraison presque entière, et où il passait en revue, d’une année à l’autre, tout ce qui s’était produit de notable en Italie durant les douze mois écoulés. Livres, tragédies et comédies, œuvres d’art, articles des revues et des journaux, nouveautés musicales, découvertes scientifiques, tout y était rappelé, commenté et jugé ; et tout y était considéré à un même point de vue, au point de vue de ces « principes de fraternité nationale » qu’Acerbi ne se lassait point d’exposer et de soutenir. « Il ne doit y avoir en Italie qu’une seule âme et une seule pensée, écrivait-il ; c’est à, ce prix que le nom italien reprendra sa place au premier rang de la littérature européenne. » Non pas que, par excès de patriotisme, il refusât d’admirer les œuvres étrangères : il ne manquait jamais, au contraire, d’en tirer pour ses compatriotes de sages et éloquentes leçons; mais il voulait que tous les Italiens s’unissent pour reprendre, sous une forme nouvelle, l’œuvre séculaire de la race latine.

Et ces revues annuelles étaient analysées, citées, discutées, non seulement dans toute l’Italie, mais dans l’Europe entière. Francesco Salfi en donnait régulièrement, dans la Revue Encyclopédique, une traduction française accompagnée des commentaires les plus élogieux ; en Allemagne et en Angleterre, les journaux en publiaient des extraits; et le vieux Gœthe lui-même ne dédaignait pas d’en traduire des passages. D’année en année, leur portée s’élargissait : on avait fini par les attendre comme des événemens littéraires.

Acerbi cependant, tout en s’y appliquant de tout son cœur en fonctionnaire modèle, ne cessait point d’aspirer à d’autres fonctions, où il aurait plus de loisirs et gagnerait quelque argent. Et sa joie fut extrême lorsque, en 1826, il obtint enfin un poste de consul général en Egypte. Abandonnant aussitôt la Biblioteca Italiana, — qui ne devait point, d’ailleurs, survivre longtemps, — il n’eut plus de pensée que pour l’archéologie. Mais l’œuvre patriotique où durant dix ans, bon gré mal gré, il avait si activement travaillé, pouvait désormais se passer de lui.


T. DE WYZEWA.