Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/706

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


simplicité et d’une monotonie accablantes ; et, au surplus, l’entreprise où on nous la montre engagée n’ayant rien qui lui soit propre historiquement, elle pourrait aussi bien s’appeler Gertrude ou Isabeau, et elle n’a aucune raison de s’appeler Frédégonde, sinon que son mari s’appelle Hilpéric et que l’évêque de Rouen s’appelle Prétextat, — de même que cet évêque et ce roi n’ont d’autre raison de s’appeler Prétextat et Hilpéric, sinon qu’elle s’appelle Frédégonde.

Or voici la fable inventée par M. Alfred Dubout. Je n’en retiens que l’essentiel. Frédégonde veut faire assassiner son beau-fils Mérovée par son amant Lother, un jeune capitaine fâcheusement romantique. Elle y rencontre quelque difficulté, car ce Lother est précisément le frère de lait et l’ami de Mérovée. Mais elle trouve enfin l’argument décisif : « Si tu me refuses ce service, je ne refuserai plus, moi, au roi mon époux l’entrée de ma chambre. » Lother sent déjà avec assez de délicatesse pour promettre, là-dessus, d’assassiner son ami. Et, après tout, cette scène de séduction eût pu être émouvante, et je ne sais pourquoi elle ne l’est pas.

Mais cet entretien secret a été entendu de la suivante Néra, qui, pour échapper aux poursuites galantes du roi Hilpéric et à ses vers de mirliton, s’était réfugiée dans la chambre de la reine. Frédégonde l’y surprend et le roi, qui rentre à cet instant, se tire d’embarras en expédiant la jeune fille à son bon oncle Prétextat, le saint évêque.

Voilà Frédégonde fort ennuyée : car assurément la petite racontera à son oncle ce qu’elle a entendu, et celui-ci préviendra Mérovée, dont il connaît la retraite. Mais la reine a une idée : elle ira elle-même, et avant que Néra n’ait jasé, confessera Prétextat le nouveau crime qu’elle médite et les apprêts du meurtre de Mérovée ; et l’évêque, de par le secret de la confession sacramentelle, ne pourra pas avertir le prince.

Elle le fait comme elle l’avait dit, et, chose plus surprenante, il en advient ce qu’elle avait prévu. L’évêque se lamente et s’indigne : « Mais c’est abominable ! Mais c’est moi qui le tue, puisque c’est moi qui ai révélé sa retraite à Lother ! Mais vous êtes une misérable ! » Elle répond : « C’est possible, mais vous êtes tenu par le secret de la confession. » Il en convient, et il la supplie :

Oh ! lève ce secret sous lequel je succombe !
Je suis comme un vivant enfermé dans la tombe !

Et le public crédule frémit d’une situation si forte. Mais,