Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/187

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que ne fut celui de Leconte de Lisle, notre maître vénéré, gardien austère de l’idéal héroïque ; pour le grand nombre, sans doute, cela suffira.

M. Verlet a renoncé à faire couronner le buste de Guy de Maupassant par une figure idéale. Il a bien fait. Comment, d’une part, supposer, sans sourire, une déesse grecque saluant un romancier si réel, si français, si moderne ? Comment, d’autre part, fixer, dans un seul type allégorique, tout ce qu’il y eut de varié et de disparate dans un écrivain si vif et si chaud, si franchement livré à ses sensations du moment, tour à tour ironiquement raffiné et douloureusement naïf, franc et brutal comme un paysan avec une élégance soutenue d’aristocrate, libertin, si l’on ne regarde qu’à l’allure, d’une rare simplicité, si l’on pénètre au fond ? M. Verlet s’est tiré de la difficulté en représentant le talent de Maupassant ou plutôt la séduction de son talent par une de ses admiratrices, une belle liseuse, qui, nonchalamment étendue au pied de la colonne, accoudée sur un coussin, tient d’une main un roman entr’ouvert, interrompt sa lecture et rêve. C’est une figure qu’on pourrait placer, il est vrai, au pied de tous les romanciers à succès, et soyez bien certains qu’on n’y manquera pas. On rendra, du moins, cette justice à M. Verlet qu’il s’est efforcé de caractériser franchement, par la coiffure, par la physionomie, par le souple corsage modelant avec hardiesse la gorge abondante, par les plis en tuyaux d’orgues et le jet impérieux des jupes raides découvrant leurs dessous, le moment du siècle où une jeune femme pouvait se livrer passionnément à cette lecture.

M. Mathurin-Moreau, dont nous connaissons l’attachement aux traditions décoratives du XVIIe siècle, n’a pas cru devoir s’en départir même en sculptant le monument de Joigneaux, de Sèvres, agriculteur et homme politique. C’est une Cérès puissante et correcte qui lui offre le laurier de la gloire, c’est un petit Génie, robuste et joufflu, un génie de Versailles, qui enregistre son immortalité. Quelques gerbes d’épis et bouquets de fleurs complètent l’apothéose. Ouvrage honnête et consciencieux, exécuté par une main robuste et décidée, qui a valu, à son auteur, la médaille d’honneur, juste récompense d’une longue et honorable carrière, mais qui n’ouvre point d’horizons nouveaux pour les sculpteurs chargés de semblables travaux commémoratifs.

M. Barrias devait préparer, pour une place de Tananarive, un monument à la mémoire des soldats français morts à Madagascar.